Harcèlement à l'école: «Il faut soutenir l'enfant même si on n'a pas toujours des réponses»

INTERVIEW Nicole Garret-Gloanec, pédopsychiatre et présidente de la Fédération française de psychiatrie, donne les clés pour évoquer le sujet avec ses enfants...

Propos recueillis par Corentin Chauvel
— 
Illustration: Harcèlement entre enfants et adolescents a l'école, mai 2011.
Illustration: Harcèlement entre enfants et adolescents a l'école, mai 2011. — DURAND FLORENCE/SIPA

Après la publication de plusieurs rapports sur le sujet, le ministère de l’Education nationale a lancé mardi une campagne à la télévision et sur Internet afin d’«agir contre le harcèlement à l'école». Contactée par 20 Minutes, Nicole Garret-Gloanec, pédopsychiatre au CHU de Nantes et présidente de la Fédération française de psychiatrie, donne ses conseils aux parents dont les enfants pourraient être victimes de ce phénomène. 

Quels sont les signes qui permettent de déceler un harcèlement?
Les signes ne sont pas forcément spécifiques car les enfants et les adolescents sont assez secrets sur ce genre de choses et savent très bien le cacher. Ce qu’il se passe à l’école, c’est leur affaire, ils ont tendance à ne pas en parler. En général, cela va toucher des enfants différents du groupe, qui ont des signes particuliers (très bon élève, etc.), mais qui ne viendront pas s’en plaindre, sauf s’ils ont assimilé une surprotection maternelle qui fait qu’ils impliquent toujours leurs parents dans leurs relations avec leurs pairs. Les autres sont très sensibles à l’école et au groupe scolaire sans la présence et le regard de leurs parents. Leur en parler reviendrait à porter atteinte à leur compétence, leur indépendance, voire leur dignité. Ils veulent aussi protéger leurs parents de l’image qu’ils ont, ils ne veulent pas les inquiéter. Ainsi, il n’y a pas de signes cliniques particuliers qui peuvent alerter, si ce n’est une fragilité ou une modification durable (sur plusieurs semaines) du comportement. Cependant, il faut aussi faire le distinguo entre des petits ennuis et un véritable harcèlement. Toute vexation n’est pas un harcèlement et l’enfant doit aussi se débrouiller avec cela en faisant ses armes.

Comment les parents peuvent-il en parler avec leur enfant?
Lorsque certains signes font penser qu’il se passe quelque chose, comme un enfant joyeux qui se renferme, ou des résultats scolaires qui chutent, les deux parents, si possible, doivent parler de leur inquiétude auprès de l’enfant. Ils doivent pouvoir lui dire: «Je veux t’aider, donne-moi des pistes pour cela.» Il faut soutenir l’enfant, y aller en douceur, même si on n’a pas toujours des réponses. Il faut en tout cas lui montrer qu’on est bien conscient qu’il se passe quelque chose. On peut aussi interroger les différentes sphères de vie de l’enfant, notamment à l’école, même si au collège, le personnel peut avoir plus de difficultés pour repérer le harcèlement qu’en école primaire. Le but n’est pas de trouver un coupable, mais d’aider à trouver les instruments pour que cela se passe mieux.

Quelles solutions peuvent être envisagées pour mettre fin à ce harcèlement?
Si cela se passe à l’école, on ne va pas alerter tout le monde à chaque fois. Il vaut mieux rencontrer les parents du ou des élèves mis en cause, mais il faut aussi savoir qui est en face pour ne pas qu’ils aient l’impression non plus qu’ils sont l’objet d’attaques. Ils pourraient vivre l’interrogation comme une persécution. Mais si les choses sont simples, je suis persuadé que cela peut se résoudre entre parents. Si plusieurs enfants sont impliqués, il faut aller voir le responsable de la classe, voir s’il en a conscience, essayer de comprendre ce qu’il se passe et trouver comment résoudre le conflit. Il faut qu’il y ait une écoute sans déclencher toute une bataille, une réflexion en équipe (cadre scolaire et sanitaire) sans tarder et sans stigmatisation rapide, car il faut penser au futur. 

Pensez-vous qu’une campagne de sensibilisation soit utile pour faire face au harcèlement?
Je constate que c’est ainsi que nos tutelles souhaitent fonctionner depuis un certain temps, avec des campagnes à l’anglo-saxonne. Il y a des effets bénéfiques, cela alerte tout le monde, mais en même temps, cela braque le projecteur sur des faits qui ne le méritent pas toujours, provoquant des regroupements de personnes sous forme d’associations qui deviennent des lobbys. A la Fédération française de psychiatrie, nous privilégions une voie complémentaire, avec l’édition d’un guide de repérage pour les médecins scolaires, mais aussi le personnel non sanitaire pour les aider à repérer les problèmes.