L'antidouleur Tramadol placé sous surveillance par l'Afssaps

SANTE Les effets addictifs de cet antidouleur dérivé de l'opium, qui a remplacé le Di-Antalvic, retiré du marché en mars 2011, inquiètent...

Bérénice Dubuc

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Une pharmacienne montre une boîte de Tramadol à Paris, le 25 janvier 2012.
Une pharmacienne montre une boîte de Tramadol à Paris, le 25 janvier 2012. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Un antidouleur sous surveillance. La molécule du Tramadol, l’antidouleur générique qui a remplacé le Di-Antalvic, retiré du marché en mars 2011, fait l'objet d'une surveillance de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), révèle Le Parisien ce mercredi. En cause: la très forte addiction dont serait victime une partie des patients.

 

En juin 2009, à la suite d'une décision de l'Agence européenne d'évaluation des médicaments (EMEA), le Di-Antalvic et tous ses génériques ont été progressivement retirés du marché dans l'ensemble de l'Union européenne. En deux ans, 35 % des huit millions d'utilisateurs réguliers du Di-Antalvic se sont reportés sur des traitements plus forts, comme le Tramadol.

Forte accoutumance et «mésusage»

En 2011, plus de 12 millions de boîtes ont été distribuées, soit une hausse de 30%. Cette molécule dérivée de l'opium se trouve également dans une vingtaine d'autres médicaments en France (Topalgic, Ixprim, Contramal...). Et ses effets secondaires sont susceptibles d'être ravageurs: vomissements, désorientation, troubles du sommeil, mais aussi une accoutumance importante nécessitant une prise en charge médicale pour le sevrage.

Outre ces effets secondaires préoccupants, le Tramadol est également détourné pour ses effets psychotropes. «En 2010, nous avons recensé sept décès par overdose de Tramadol chez des toxicomanes, alors qu'il n'y en avait pas jusqu'à 2007», souligne Nathalie Richard, responsable du département stupéfiants et psychotropes à l'Afssaps.

A l’international aussi, ce «mésusage» du médicament a des effets dévastateurs. Le quoitiden explique ainsi qu’au Moyen-Orient, il est détourné pour ses effets psychotropes. Ainsi, le Tramadol est devenu en cinq ans la drogue la plus populaire à Gaza, dans les territoires palestiniens, où près d’un habitant sur deux la consommerait. Utilisé au départ par les jeunes pour retarder l'éjaculation, la molécule est aujourd’hui choisie pour ses propriétés anti-fatigue, et pour sa capacité à occulter les douleurs morales causées par la situation locale. «Elle me permet d'oublier mes problèmes», explique ainsi au Parisien Ali, 22 ans, qui en consomme depuis quatre ans.

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