Discriminations au travail: la situation s'améliore un peu, mais les salariés n'osent pas toujours se défendre

SOCIÉTÉ baromètre du Défenseur des droits et de l’Organisation internationale du travail est rendu public ce mercredi...

Delphine Bancaud

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Les patrons de TPE traversent la crise économique non sans mettre leur santé en jeu. 
Les patrons de TPE traversent la crise économique non sans mettre leur santé en jeu.  — OJO IMAGES/REX FEATURES/SIPA

Des progrès pas à pas. D’après le baromètre 2011 du Défenseur des droits et de l’Organisation internationale du travail (OIT) réalisé par CSA*  et révélé ce mercredi, 26% des agents de la fonction publique et 28 % des salariés du privé déclarent avoir déjà été victimes de discrimination dans le cadre du travail. Des chiffres stables dans le secteur public et en baisse de 5 points dans le secteur privé par rapport au baromètre de 2010. Par ailleurs, même si elle reste élevée, la proportion d’individus témoins d’une discrimination a baissé de 8 points dans la fonction publique par rapport à 2010 (34%) et de 6 points dans le secteur privé (38%).

Des petites évolutions positives sans doute dues «à la multiplication des accords et des labels diversité dans les entreprises, ainsi qu’à une plus grande médiatisation du sujet dans les médias», commente Jean-François Trogrlic, directeur de l'OIT en France. «Par ailleurs la mise en place de la Halde en 2002 a montré aux salariés qu’il existait des recours possibles face aux discriminations», poursuit-il.

Le sexe, premier facteur de discrimination dans le privé

Autre constat: le ressenti des agents du public et celui des salariés du privé sur le sujet est de plus en plus proche. «Cela signifie que la fonction publique est de moins en moins perçue comme protectrice car les process et les situations de travail se ressemblent de plus en plus dans le public et le privé», note Jean-François Trogrlic. Surprise: alors que l’an dernier l’origine ethnique était cité par les salariés du privé comme le premier motif de discrimination, suivi par la grossesse et l’âge, cette année ils citent d’abord le sexe, suivi de l’âge et des activités syndicales qui apparaissent comme les principaux facteurs d’exclusion.

Un changement qu’explique Jean-François Trogrlic: «quantitativement, ce sont les inégalités hommes femmes qui sont les plus importantes en France». L’ordre diffère dans le privé où l’âge est cité comme le principal motif de discrimination, suivi de la grossesse et du sexe. En revanche, l’auteur des discriminations le plus fréquemment cité reste le supérieur hiérarchique direct.

Des réticences à se défendre

Parmi les points négatifs de l’étude, les victimes de discrimination ont de plus en plus tendance à garder le silence (42% contre 40% en 2010). Une absence de réaction qui s’explique par un sentiment d’impuissance car 66% des salariés du privé estiment que parler n’aurait rien changé à la situation. «Cette résignation s’explique aussi par la crise,  car les salariés ont davantage peur de perdre leur emploi et font profil bas», affirme Jean-François Trogrlic. Malgré cela, les représentants du personnels et les syndicats sont jugés efficaces à 75% dans le public et à 61% dans le privé pour défendre les personnes discriminées.

L’écrasante majorité des sondés estiment d’ailleurs que la manière la plus efficace de lutter contre ce fléau passe par la négociation dans le cadre du dialogue social. «C’est effectivement la manière la plus transparente d’aborder le sujet», constate Jean-François Trogrlic, qui juge aussi les poursuites juridiques «comme les armes de dissuasion les plus efficaces».

Méthodologie

Sondage réalisé sur un échantillon de 1010 personnes (510 du privé et 500 du public) selon la méthode des quotas.