Loi sur la négation des génocides: «L'Etat turc a le droit de nier en Turquie, pas en France»

REPORTAGE Une centaine de Français d'origine arménienne se sont rassemblés ce lundi devant le Sénat pour soutenir l'adoption définitive du texte...

Corentin Chauvel

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Des Français d'origine arménienne manifestent devant le Sénat, à Paris, le 23 janvier 2012.
Des Français d'origine arménienne manifestent devant le Sénat, à Paris, le 23 janvier 2012. — A.GELEBART / 20 MINUTES

«Ce jour tant attendu est arrivé…» Réunis devant le palais du Luxembourg, une centaine de défenseurs de la cause arménienne patientait ce lundi après-midi avant l’examen par le Sénat de la proposition de loi pénalisant la négation des génocides, dont celui des Arméniens par les Turcs en 1915. Ils étaient séparés de plusieurs centaines de mètres de manifestants pro-Turcs, nettement moins nombreux, venus défendre pour leur part «la liberté d’expression».

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Même si, a priori, le vote devrait être une formalité, un soupçon d’inquiétude traverse la foule pro-arménienne. «On est un peu inquiètes, à cause des menaces turques et ensuite, des représailles», expliquent Ani et Lori, deux jeunes sœurs, qui se devaient d’être là «en mémoire de nos ancêtres». Mais «c’est une mobilisation pour tous les génocides», précisent-elles.

«Une revendication restée en sommeil pendant un demi-siècle»

Du côté de Philippe, Michel et Marie-Christine, «on a confiance, normalement il n’y a aucun doute, mais on ne sait jamais, les sénateurs peuvent toujours changer d’avis. Ils achètent tout, les Turcs». Alors le couple et leur ami sont là «pour leur dire qu’on est avec eux (les sénateurs)». Certains parlementaires, comme Valérie Boyer, instigatrice de la loi, Guy Tessier ou encore André Santini sont d’ailleurs venus saluer leurs «frères arméniens» ce lundi et les assurer du succès de l’adoption du texte.

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D’autres manifestants ne doutent pas, tel Minas, un ancien combattant qui distribue des drapeaux français à la foule. «Je suis doublement confiant, c’est une révolte, une revendication qui est restée en sommeil pendant un demi-siècle et qui est arrivée aujourd’hui à une certaine ampleur», explique-t-il. Et peu importent les menaces économiques brandies par Ankara: «On ne doit rien à la Turquie, il faut aller chercher les marchés ailleurs. La France aura été le pays qui n’a pas baissé sa culotte face à une nation étrangère.»

«On votera pour ceux qui nous défendent, c’est normal»

«L’Etat turc a le droit de nier en Turquie, pas en France, il faut cette loi», renchérit Alain, venu «exprès» d’Aix-en-Provence pour ce jour, «pas le plus important de (sa) vie, mais c’est un jour important». Comme d’autres Français d’origine arménienne présents devant le Sénat, il ne s’attendait pas à voir cette proposition de loi «resurgir» maintenant, mais comme le disent Ani et Lori, «c’est tant mieux pour nous».

«Ce n’est pas anodin et nous sommes contentes que la loi passe, mais cela n’influencera pas notre vote, nous sommes présentes tous les 24 avril (pour commémorer le génocide arménien), les élections, ça passe après», soulignent les deux sœurs. Pour Alain aussi, «Nicolas Sarkozy a impulsé la chose de façon électorale, mais c’est le jeu démocratique avec ses inconvénients».

Selon le galeriste, il n’y a pas spécifiquement de «vote arménien», mais il avoue que lui-même va changer son intention de vote initiale en fonction de l’adoption ou non de la loi. Même son de cloche du côté de Philippe, Michel et Marie-Christine: «On votera pour ceux qui nous défendent, c’est normal.»