Philippe Courroye juge sa mise en examen «dangereuse»

AFFAIRES Le magistrat estime que la justice a «ouvert une boîte de Pandore» en décidant de le poursuivre...

Enora Ollivier, avec agences

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Le procureur de Nanterre Philippe Courroye, le 11 décembre 2009.
Le procureur de Nanterre Philippe Courroye, le 11 décembre 2009. — C. Platiau/ REUTERS

Le procureur de Nanterre dit ressentir «une profonde injustice personnelle». Dans une interview publiée ce jeudi par Le Parisien, Philippe Courroye revient sur sa mise en examen, qu’il qualifie de «dangereuse pour le bon fonctionnement de l’institution judiciaire».  

Le parquet de Nanterre a annoncé lui-même mardi la mise en examen du procureur pour «collecte illicite de données à caractère personnel par un moyen frauduleux, déloyal et illicite et violation du secret des correspondances». Cette mesure ordonnée par la juge d'instruction parisienne Sylvie Zimmermann, très rare concernant un haut magistrat, frappe une figure symbolique de la magistrature en vue depuis plus de 20 ans, et réputé ami de Nicolas Sarkozy.

«Je n’appartiens à aucune chapelle»

Le procureur de Nanterre s’agace, dans son interview au Parisien, qu’on le dise proche du chef de l’Etat. «Cette affirmation n'a qu'un seul but: me politiser pour me discréditer en tant que magistrat», affirme-t-il. «Or je n'appartiens à aucune chapelle, aucun parti, aucun syndicat. Mon seul souci est et a été toujours été l'intérêt général».

Le ministère de la Justice, son autorité de tutelle, n'a pas fait de commentaires sur sa mise en examen, mais il est très peu probable qu'il pousse le magistrat à partir. Philippe Courroye précise d’ailleurs qu'il n'est «absolument pas question» pour lui de démissionner. Il explique également avoir déposé deux requêtes en vue de faire annuler sa mise en examen. La cour d'appel de Paris a d'ailleurs enregistré jeudi la requête en nullité déposée par Philippe Courroye.

Il est reproché au procureur Courroye des réquisitions délivrées en septembre 2010 à la police afin qu'elle examine les communications de deux journalistes du Monde, Gérard Davet et Jacques Follorou. Il s'agissait alors de savoir qui avait inspiré un article relatant une perquisition chez l'héritière de L'Oréal Liliane Bettencourt, au centre d'une enquête qui menace le pouvoir exécutif.

«Des factures détaillées ne sont pas des écoutes»

Interrogé sur le fait que la Cour de cassation a annulé la procédure qu’il avait décidée, Philippe Courroye répond que «cela ne fait pas de (lui) un délinquant». «Avec ma mise en examen, on ouvre une boîte de Pandore qui pourrait conduire à poursuivre indûment beaucoup de magistrats», ajoute-t-il.

«Je précise que des factures détaillées ne sont pas des écoutes», se défend-il par ailleurs, estimant qu’«il n’y a donc pas de violation du secret des correspondances».

Bernard Squarcini, lui aussi réputé proche de Nicolas Sarkozy, est également poursuivi dans l’affaire des «fadettes». Le patron de la DCRI a été mis en examen en octobre 2011 pour «atteinte au secret des correspondances».