Clermont-Ferrand: Les proches de Wissam réclament «justice»

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"Il faut que justice soit faite". Dans le quartier sensible de La Gauthière, à Clermont-Ferrand, les proches de Wissam El-Yamni témoignaient mardi de leur douleur au lendemain de sa mort après une interpellation controversée, sollicitant les dons des habitants pour soutenir sa famille.
"Il faut que justice soit faite". Dans le quartier sensible de La Gauthière, à Clermont-Ferrand, les proches de Wissam El-Yamni témoignaient mardi de leur douleur au lendemain de sa mort après une interpellation controversée, sollicitant les dons des habitants pour soutenir sa famille. — Thierry Zoccolan afp.com

"Il faut que justice soit faite". Dans le quartier sensible de La Gauthière, à Clermont-Ferrand, les proches de Wissam El-Yamni témoignaient ce mardi de leur douleur au lendemain de sa mort après une interpellation controversée, sollicitant les dons des habitants pour soutenir sa famille.

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"Aujourd'hui, on est en deuil, mais aussi en colère. Et on a la haine", disait ce mardi matin un ami de ce chauffeur routier de 30 ans, réuni avec d'autres autour d'un thé au lait, à la terrasse du restaurant de kebab du centre commercial planté au milieu des immeubles d'une dizaine d'étages. Sur la table, une boîte destinée à recueillir de l'argent pour la famille de cet homme "marié, souriant, aimé de tous" dit un de ses amis, disant que sa mort a frappé de stupeur "toute la communauté" musulmane du quartier.

«Ce n'est pas une bavure, c'est un acte de barbarie»

"C'était notre frère. Sa mort, ce n'est pas une bavure, c'est un acte de barbarie", disent ces jeunes adultes, qui tiennent à rester anonymes et réclament "justice". Certes, admet l'un d'eux, Wissan "avait fumé, peut-être bu une bière, peut-être lancé une pierre sur les policiers. Mais eux, ils auraient dû l'arrêter et le menotter", dit un collègue chauffeur routier, qui ne sait si Wissan El Yamni sera enterré en France ou au Maroc.

Selon les premiers éléments de l'enquête, ce trentenaire sans antécédents médicaux est suspecté d'avoir jeté une pierre sur les forces de l'ordre, qui l'ont décrit comme très agité. Il a été plaqué au sol et a fait un malaise cardiaque. Il présentait des fractures et des lésions au cou. C'est du moins cette version que retiennent ces hommes, visage fermé, dont la colère, même vis-à-vis des journalistes, coupables de déformer leurs propos, ne cesse de monter à mesure qu'ils expriment leurs sentiments. Pour eux, nul doute que les policiers ont continué "à le frapper" après l'avoir maîtrisé.

«Guéant, c'est le ministre que des flics»

Les propos du ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, interprétés comme une prise de position en faveur des policiers, résonnent comme "une provocation" ici. "Guéant, c'est le ministre que des flics", dit l'un des hommes. "Même si on s'habille bien, on reste des Arabes", s'emporte un autre habitant de ce quartier de la Gauthière où, comme aux Vergnes, le chômage touche un peu plus de 40% des 18-25 ans, deux fois plus que la moyenne, souligne la mairie. Les tensions, les voitures brûlées, la présence chaque nuit depuis cinq jours des CRS en tenue d'intervention, ont exacerbé les passions.

Sur le marché, certains habitants n'hésitent pas à évoquer leur "peur". D'autres en revanche disent "comprendre les flics caillassés", évoquant des relations difficiles entre police et jeunes issus de l'immigration maghrébine, prédominante dans les HLM du quartier, où "il n'y a plus un Martin ou un Dupont" selon l'expression d'une habitante. "Ces évènements, qui sont le fait de jeunes en minorité, s'inscrivent dans un climat tendu des quartiers, sur le plan économique et social", analyse Jean-Damien Colombeau, responsable de la jeunesse à la mairie socialiste, évoquant lui aussi des "relations compliquées des jeunes avec la police".