Une salariée voilée attaque Leclerc

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Titulaire d'un CAP vente, Gulsen Ozturk avoue qu'elle « n'ose même plus postuler dans ce secteur » aujourd'hui. Depuis quelques mois, cette mère de famille de 33 ans est au chômage. La faute à une dernière expérience malheureuse que le conseil des prud'hommes de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) doit arbitrer cet après-midi.
Employée d'un supermarché Leclerc au début des années 2000, la jeune femme avait décidé de prendre un congé parental d'éducation pour fonder une famille. Neuf ans et quatre enfants plus tard, c'est la tête couverte d'un foulard qu'elle effectue son retour dans l'enseigne de grande distribution. « Je me suis convertie à l'islam durant mon congé, confie-t-elle. Mais, quand je suis revenue, au lieu de retrouver mon poste en rayon, j'ai été affectée dans la réserve. » Convaincue d'être victime de discrimination en raison de son foulard, la jeune femme saisit alors le conseil des prud'hommes. Aujourd'hui, elle réclame 20 000 € de dommages et intérêts à son ancien employeur. « Les faits sont caractérisés, estime Patrick Roesch, son avocat. Noir sur blanc, son employeur a écrit qu'elle ne pouvait pas retrouver son poste en raison de sa situation. C'est-à-dire, en raison de son foulard. »
Directeur du centre Leclerc, Henri Trariaux avance une tout autre version. « C'est une affaire toute simple. Cette personne ne voulait plus travailler. En neuf ans, il est évident que l'entreprise avait changé. Elle avait besoin d'être de nouveau formée. Voilà pourquoi elle a d'abord été affectée en réserve. Quant à son foulard, s'il m'avait gêné, je ne l'aurai jamais reprise dans la société ! » Les prud'hommes devront choisir leur version cet après-midi. « Je veux juste que cette affaire se termine », conclut la plaignante.Vincent Vantighem