Continental: Xavier Mathieu, ni voyou, ni criminel

PORTRAIT Le leader des «Conti» est jugé en appel ce mercredi à Amiens...

Corentin Chauvel
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Xavier Mathieu, leader CGT des ex-salariés de l'usine Continental de Clairoix (Oise), le 4 janvier 2012, à Amiens.
Xavier Mathieu, leader CGT des ex-salariés de l'usine Continental de Clairoix (Oise), le 4 janvier 2012, à Amiens. — D.CHARLET / AFP

«Leur empreinte génétique, ils peuvent se la mettre ou ils veulent! Je ne la donnerai jamais.» Ni voyou, ni criminel, Xavier Mathieu a conservé son caractère entier et son intégrité. Ce mercredi, il a réuni du monde avec lui, dont quatre candidats à la présidentielle, avant de passer devant la cour d’appel d’Amiens pour avoir refusé de se soumettre à un prélèvement d'ADN.

Deux ans après le conflit social qui l’avait révélé aux médias, le leader CGT des ex-salariés de l'usine Continental de Clairoix (Oise) n’en a toujours pas fini avec la justice pour les conséquences de sa lutte contre le projet de fermeture de sa fabrique de pneumatiques. Celle-ci avait atteint son paroxysme avec le saccage de la sous-préfecture de Compiègne en avril 2009 pour lequel il avait été condamné à 4.000 euros d'amende par la cour d'appel d'Amiens.

Et c’est à la suite de ces dégradations que Xavier Mathieu aurait dû se soumettre, conformément à la loi, à un prélèvement d'empreinte génétique. Le syndicaliste avait refusé, «parce qu'il a été prévu au départ d'y mettre les violeurs et les pédophiles». Relaxé en juin dernier, il a été convoqué en appel. «Je n'ai jamais eu de casier judiciaire, je ne mérite pas cela», a-t-il insisté sur RTL ce mercredi matin, ajoutant un peu plus tard qu’il ne s’y plierait que «par amour».

Figure emblématique des «Conti»

Xavier Mathieu, 46 ans et père de trois enfants, aurait bien sa place parmi ces héros romantiques jaillissant des conflits sociaux. C’est lui la figure emblématique des «Conti», celui qui a finalement permis à ses collègues d'obtenir des indemnités de départ extra-légales de 50.000 euros. Bien entendu, le délégué CGT l’a toujours joué modeste.

Refusant avec vigueur toutes les étiquettes politiques, Xavier Mathieu n’a jamais hésité à s’élever contre sa propre hiérarchie. «Les Thibault et compagnie, c’est juste bon qu’à frayer avec le gouvernement, à calmer les bases. Ils servent juste qu’à ça, toute cette racaille», avait-il lancé sur France Info en août 2009 alors que le secrétaire général de la CGT ne voulait pas cautionner les dérives du conflit.

Des valeurs écolos et religieuses

Sa verve, il la tient sans doute de son père, «l’emmerdeur public numéro un», comme il le racontait à Libération en 2009. Arrivé dans l’Oise en 1968, il aura sept enfants dont Xavier, qui se retrouve dans les valeurs de ses parents, écolos et religieuses à la fois. Son parcours scolaire et professionnel est aussi limpide que ne veut l’être le personnage: CAP de boucher à 16 ans avant de finir chez Continental à 23 ans jusqu’à la fermeture de l’usine début 2010.

Malgré un petit rôle obtenu dans le dernier film de Cédric Klapisch, Ma Part du gâteau, le leader des «Conti» martèle encore aujourd’hui sa simplicité: «Moi, syndicaliste je me suis battu depuis trois ans pour sauver des vies, des vies de famille, pour essayer de sauver des potes qui ont été licenciés.»