Restos du Coeur: «Nous appelons à la générosité pour combler un déficit de 5 millions d'euros»

INTERVIEW Olivier Berthe, président des Restos du Coeurs, lance un appel pour trouver 5 millions d'euros supplémentaires...

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud
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Olivier Berthe, Président des Restaurants du Coeur
Olivier Berthe, Président des Restaurants du Coeur — MEIGNEUX/SIPA

>> Retrouvez par ici le tchat 20 Minutes avec Olivier Berthe, président des Restos du Coeur , le 19 décembre dernier

Pourquoi lancer ce mardi un appel à la générosité?

Les Restos du Coeur enregistrent 5% à 8% de demandes supplémentaires depuis le début la campagne. Devant cette hausse, nous appelons à la générosité pour combler un déficit de 5 millions d’euros, ce qui fait environ 5 millions de repas, car un repas coûte à peu près un euro. Nous nous sommes rendu compte de cette situation le 25 décembre, c’est pourquoi nous lançons l’appel ce mardi.

Ciblez-vous la générosité des donateurs privés?

Nous faisons appel à la générosité de toute la société. Deux-tiers des dons viennent du privé, et un-tiers des subventions. Cette année, en valeur absolue, pour la première fois depuis que les Restos du Cœur existent, les subventions ont légèrement baissé. Toutes les institutions, notamment les collectivités locales, sont en difficulté.

A quoi serviraient ces 5 millions d’euros supplémentaires?

Cet argent nous servirait à l’aide alimentaire, tant pour les adultes que les bébés. Les autres actions des Restos, comme l’aide à la réinsertion, ne sont pas concernées.

Pourquoi donner de l’argent plutôt que de la nourriture?

Notre campagne de dons en nature, par exemple devant les supermarchés, se tient en mars. Cette campagne s’effectuera trop tard par rapport à nos besoins immédiats. C’est pourquoi nous appelons aujourd’hui aux dons d’argent. Mais les Restos du Cœur ont besoin de tous les dons, en argent, en nature et en temps. Etre bénévole, c’est faire don de son temps, et nous en avons aussi besoin.

Cette hausse des demandeurs aux Restos du Cœur est-elle la conséquence directe de la hausse du chômage?

Il y a ce phénomène de hausse des chômeurs, et surtout des chômeurs de longue durée, avec une sortie du chômage qui devient plus longue et plus difficile. Au bout de 12, 24 mois, les réserves personnelles de ces chômeurs s’épuisent, alors qu’ils sont en fin de droit et qu’ils ne perçoivent plus d’aides.

Nous voyons aussi des retraités aux Restos, ce qui illustre le problème de l’allocation minimum vieillesse et la perte de la solidarité familiale. Viennent à nous également des jeunes agriculteurs, et des travailleurs indépendants qui ont de plus en plus des problèmes de trésorerie.

Depuis quatre ans, la crise s’est installée, et les associations, pas seulement les Restos du Cœur, voient de plus en plus de monde.

Que pensez-vous de l’appel du député UMP des Alpes-Maritimes, Lionnel Luca, rappelant que ces 5 millions d'euros équivalent au montant de sa proposition de loi sur une réduction de 10% des indemnités des députés?

Nous sommes ouverts à tous les gestes de solidarité, s’ils sont sincères. Nous attendons surtout des parlementaires qu’ils ne touchent pas à la loi sur les régimes fiscaux des dons, comme cela a pu être fait en novembre dernier. [Le 14 novembre, un amendement prévoyant la réduction des déductions fiscales sur les dons aux associations a été débattu à l’Assemblé nationale ndlr].

Nous avons mis beaucoup d’énergie pour que cette loi soit conservée. Nous avons besoin d’un cadre fiscal stable, qu’il n’y ait pas de menaces de rabotages fiscaux pour nos donateurs.