Prothèses mammaires défectueuses: Le fondateur de PIP n'a jamais été charcutier

SANTÉ on avocat accuse aussi Interpol d'avoir fait un «amalgame» entre l'affaire des prothèses et un accident de la circulation au Costa Rica...

Avec Reuters
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L'avis de recherche d'Interpol pour Jean-Claude Mas, l'ancien président du conseil de surveillance de la société française Poly Implant Prothèse, déposé par le Costa Rica.
L'avis de recherche d'Interpol pour Jean-Claude Mas, l'ancien président du conseil de surveillance de la société française Poly Implant Prothèse, déposé par le Costa Rica. — INTERPOL

Jean-Claude Mas, le fondateur de la société PIP qui fabriquait des implants mammaires défectueux, n'a jamais été charcutier, se trouve toujours en France et vient de subir une intervention chirurgicale, a déclaré lundi son avocat.

Me Yves Haddah souligne que son client, âgé de 72 ans, a toujours répondu aux convocations de la justice et qu'il a été placé en garde à vue à deux reprises, en novembre 2010 puis le 13 octobre 2011 pour un reliquat de trois heures dans le cadre des enquêtes sur les prothèses en France. «Il s'est expliqué lors de ces auditions et attend sans problème une nouvelle convocation de la justice», du magistrat du pôle santé de Marseille en charge du dossier de Poly Implant Prothèse (PIP).

La société est à l'origine de la commercialisation d'implants mammaires défectueux portés par des centaines de milliers de femmes partout dans le monde.

L'«amalgame» d'Interpol

Me Haddah affirme avoir reçu Jean-Paul Mas à son cabinet, lundi matin à Toulon et dit avoir appelé Interpol pour protester contre «l'amalgame» qui a été fait entre l'affaire PIP et l'avis de recherche lancé contre son client par le Costa Rica. Au Costa Rica, il s'agit «d'un accident de la circulation dans un état d'alcoolémie supérieur à ce que prévoit la législation locale», explique-t-il. «Jean-Claude Mas était au volant et a eu un accident avec un bus comme cela aurait pu arriver à Toulon. Il s'est depuis rendu à deux reprises au Costa Rica, du 1er au 15 juin 2010 et du 8 au 23 octobre 2010, sans être aucunement inquiété», ajoute-t-il.

De même, le défenseur récuse les informations présentant le fondateur de PIP comme un ancien charcutier. «Jean-Claude Mas n'a jamais été charcutier. Sa maman a été épicière. Avant la création de PIP, en 1991, Jean-Claude Mas a créé une première société dénommée Sima Plast avec un chirurgien esthétique de Toulon aujourd'hui décédé, puis une seconde société dans les années 1980 dénommée MAP», dit-il. Auparavant, le fondateur de PIP avait travaillé pendant plus de 15 ans comme délégué médical au sein de la multinationale pharmaceutique Bristol-Myers Squibb.

«On nous disait que le taux de rupture était conforme à la moyenne»

Jean-Claude Mas, qui est né à Tarbes, n'est pas marié mais a deux enfants. «Il est préoccupé par l'importance prise par cette affaire, il en veut à ceux qui rajoutent inutilement à la souffrance des gens», dit son avocat. Interrogé par Reuters, l'un des anciens commerciaux de la société PIP raconte ne plus avoir eu de contact avec Jean-Claude Mas ou d'autres responsables depuis la liquidation de l'entreprise en mars 2010. «Tout le monde s'est barré en courant. Je m'en veux d'avoir travaillé pour eux, cette affaire est terrible», dit-il sous couvert de l'anonymat.

Il explique que les commerciaux avaient très peu d'accès au site de fabrication. «Tous les ans ou tous les deux ans on y allait et j'ai rencontré Monsieur Mas. Mais on ne demande pas le CV de son patron quand on est engagé». «Il y a toujours des ruptures dans tous les implants. Parfois c'est dû au fait qu'un instrument chirurgical endommage le produit. «On nous disait que le taux de rupture était conforme à la moyenne. On sait aujourd'hui qu'on ne peut plus leur accorder le moindre crédit», ajoute-t-il.

Les responsables de PIP sont soupçonnés d'avoir fabriqué des prothèses mammaires avec du gel frauduleux meilleur marché. Selon l'ancien commercial de PIP, la pression «vient des chirurgiens et des cliniques qui veulent négocier les tarifs, qui veulent toujours grapiller quelques euros pour maximiser leurs profits».