Tout comprendre du mouvement de grève dans les aéroports

RÉCAPITULATIF algré un trafic aérien normal, la grève des agents de sûreté aérienne continue...

Nicolas Bégasse

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Des policiers surveillent une manifestation des agents de sûreté aéroportuaire, le 23 décembre 2011 à Roissy-Charles-de-Gaulle.
Des policiers surveillent une manifestation des agents de sûreté aéroportuaire, le 23 décembre 2011 à Roissy-Charles-de-Gaulle. — Michel Euler/AP/SIPA

La grève des agents de sûreté aéroportuaire a commencé vendredi dernier, et est entrée dans sa huitième journée ce vendredi. Malgré la poursuite du mouvement, les aéroports fonctionnent normalement partout en France, notamment grâce au soutien de plusieurs dizaines de policiers et gendarmes à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. 20 Minutes fait le point sur une semaine agitée, pour tout comprendre de ce mouvement de grève et de ses implications sociales, pratiques et politiques.

Quelles ont été les perturbations?

Le début de la grève et des perturbations dans les aéroports se confond au départ avec le passage de la tempête Joachim, vendredi 16 décembre. Les aéroports de Roissy-Charles-de-Gaulle, Lyon-Saint-Exupéry et Toulouse-Blagnac sont les plus touchés, avec de nombreuses annulations à Lyon pendant le week-end, et des retards constatés à Toulouse et à Roissy. Lundi, deux médiateurs sont nommés par le gouvernement pour aider aux négociations. A partir du début de semaine, la situation dans les aéroports s’améliore. Pas d’amélioration par contre du côté des négociations entre les syndicats, le patronat et les médiateurs, qui n’ont rien donné depuis le début du conflit. Elles se poursuivent toujours ce vendredi.

Qui sont les grévistes et que veulent-ils?

Les entreprises de sûreté en France (ICTS, Securitas, Brink’s, Alyzia Sûreté, I Sec, Vigimark, Samsic, Serris et Securus) emploient environ 10.000 personnes chargées de filtrer les passagers et leurs bagages avant l’embarquement. Ils réclament une augmentation de salaire de 200 euros et une amélioration de leurs conditions de travail. Ce vendredi, lors des négociations, selon i-Télé, un mois de salaire de prime a été mis sur la table par la direction. Jusqu’ici, le patronat (le Syndicat des entreprises de sûreté aérienne et aéroportuaire, Sesa) avait toujours jugé «impossible» l’augmentation de salaire réclamée par les syndicats de salariés.

Quelle est la situation actuelle?

Si les négociations de ce vendredi n’aboutissent pas, la grève pourrait continuer. Mais le mouvement a été affaibli par la décision du gouvernement d’envoyer plusieurs dizaines de policiers et de gendarmes épauler les agents de sûreté non-grévistes à Roissy. Depuis mercredi, les perturbations dans les aéroports touchés sont minimes voire inexistantes, notamment grâce à cette présence des forces de l’ordre, ce qui pose la question de la durabilité d’une grève qui n’a plus d’effets visibles aux yeux du public.

Pourquoi le gouvernement a-t-il été critiqué?

Pour deux raisons. D’abord à cause de cette «réquisition» de policiers et de gendarmes, considérée par de nombreux syndicats, y compris au sein des forces de l’ordre, comme une manière de «briser» la grève – un avis partagé par Stéphane Sirot, historien spécialiste des mouvements sociaux interrogé par 20 Minutes. Ensuite à cause d’une proposition de loi déposée par le député UMP Eric Diard, visant à instaurer un service minimum dans le transport aérien comme il en existe dans le transport ferroviaire. Jeudi, plusieurs syndicats du transport aérien ont déposé un préavis de grève du 6 au 9 février 2012 pour protester contre cette proposition de loi.

Qu’en ont dit les politiques?

Côté UMP, on a justifié l’usage des policiers et des gendarmes en remplacement des agents grévistes par le besoin d’éviter que les Français ne soient «pris en otages» au moment des fêtes de fin d’année. Le PS a accusé le gouvernement de détourner le conflit «en une vaste opération de communication et de mise en cause du droit de grève», et Eva Joly a préconisé d'obliger à négocier avant d'avoir recours à la grève. L’extrême gauche est elle allée à Roissy: Olivier Besancenot (NPA), Nathalie Arthaud (LO), Marie-Georges Buffet (PCF) et Jean-Luc Mélenchon (candidat du Front de gauche) se sont déplacés pour soutenir les grévistes.