Les universités se serrent la ceinture

EDUCATION Certaines facs devenues autonomes connaissent des difficultés financières...

Delphine Bancaud

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Le président de l'université Bordeaux-III a dû procéder à des arbitrages douloureux pour boucler son budget 2012.
Le président de l'université Bordeaux-III a dû procéder à des arbitrages douloureux pour boucler son budget 2012. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

Vent d'inquiétude sur les universités. Au début du mois, le ministère de l'Enseignement supérieur annonçait que sept établissements devenus autonomes verraient leur budget 2012 arrêtés par les recteurs, en raison de deux déficits successifs. Une mise sous tutelle qui a semé le trouble et incité les présidents desdites universités à défendre leur bonne gestion.

«Leurs déficits étaient en fait conjoncturels, car liés aux nouvelles normes comptables qui s'appliquent aux universités autonomes», explique Louis Vogel, président de la Conférence des présidents d'université (CPU). Après discussions avec le ministère, seuls trois établissements restaient encore sous le coup d'une surveillance financière vendredi. Reste que cette affaire a mis sur le devant de la scène les difficultés budgétaires rencontrées par plusieurs facs devenues autonomes.

Rallonge budgétaire

Selon Patrice Brun, président de Bordeaux-III, «la moitié des 84 universités ont eu du mal à boucler leur budget 2012». Une situation que ne nie pas Louis Vogel : «L'autonomie a un coût. Les universités doivent changer de système informatique pour mettre en place une comptabilité analytique, embaucher des contrôleurs de gestion…» Ayant désormais à gérer leur masse salariale, elles doivent aussi assumer des charges qu'elles n'avaient pas anticipées. «Comme le fait qu'au fur et à mesure que leur personnel vieillit, il coûte plus cher», note Louis Vogel.

Pour régler ces problèmes salariaux, Laurent Wauquiez a dégagé 14,5 millions d'euros pour 2011. Mais cela ne suffit pas, rétorquent certaines universités, qui considèrent que les dotations de l'Etat (qui représentent 80% de leurs ressources) sous-estiment l'évolution de la masse salariale. Nombre d'entre elles, comme Bordeaux-III, sont donc condamnées à des arbitrages financiers douloureux. «Pour présenter un budget 2012 à l'équilibre, on a diminué de 8% les heures de cours et reporté des travaux de mise en sécurité, explique Patrice Brun. On va aussi supprimer des options en licence. Et depuis l'autonomie, je n'ai pas recruté, ni distribué de nouvelles primes.» Pour régler la situation, la CPU a d'ores et déjà l'intention de négocier une rallonge budgétaire auprès du ministère. «L'Etat doit assumer ses engagements et ne pas oublier qu'investir dans l'enseignement supérieur, c'est aussi trouver un remède structurel contre la crise», insiste Louis Vogel.

Fondations

«Depuis l'autonomie, les universités peuvent développer des fondations pour recueillir des fonds auprès des entreprises, mais cela ne se fait pas du jour au lendemain. Idem pour le développement de la formation continue, qui est une autre source de revenus», note Louis Vogel.