Intoxication aux pesticides: Un paysan attaque Monsanto

JUSTICE Victime d'un herbicide, Paul François assure que la firme connaissait les dangers du produit...

Vincent Vantighem
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Victime d’une intoxication en 2004, Paul François, originaire de  Charente, soulève la responsabilité du géant de l’agroalimentaire  Monsanto basé à Bron, au tribunal de Lyon, le 12 décembre 2011.
Victime d’une intoxication en 2004, Paul François, originaire de Charente, soulève la responsabilité du géant de l’agroalimentaire Monsanto basé à Bron, au tribunal de Lyon, le 12 décembre 2011. — CYRIL VILLEMAIN / 20 MINUTES

C'est l'histoire du pot de terre contre le pot de fer. La terre est celle dont Paul François se sert pour cultiver des céréales en Charente. Le fer est celui du bidon d'herbicide, dont les vapeurs l'ont intoxiqué en avril 2004.

Ce lundi après-midi à partir de 13h30, Paul François sera au tribunal de Lyon. L'audience se tiendra devant la 4e chambre civile du tribunal de grande instance (TGI). En face de lui, il retrouvera les représentants de Monsanto. C'est le premier procès de ce genre qui concerne en France le géant américain de l'agrochimie. «Nous allons apporter la preuve que Monsanto connaissait la dangerosité de l'herbicide Lasso, nous a confié Paul François. Si j'avais été prévenu, j'aurai pris plus de précautions.»

Sur un lit d'hôpital pendant cinq mois

Mais l'agriculteur n'était pas au courant. En voulant nettoyer une cuve, il a donc inhalé les vapeurs de ce pesticide. Malaises et troubles neurologiques l'ont cloué sur un lit d'hôpital pendant cinq mois. Le lien entre son accident du travail et sa maladie a déjà été établi par le tribunal des affaires sociales et sanitaires en 2008. «Aujourd'hui, je veux faire reconnaître la responsabilité de la firme», poursuit-il.

Pour cela, l'agriculteur a regardé comment ce pesticide avait été géré à l'étranger. Il s'est aperçu que la Belgique l'avait retiré du marché en 1991. Et le Canada, encore avant. «En France, nous avons attendu 2007, assure-t-il. Je risque de poser la question aux autorités.» D'abord, il veut s'occuper de Monsanto et de ses collègues. «Si mon procès peut éviter à d'autres gars de crever…»

Les victimes de pesticides parlent

En mars, Paul François a créé l'association Phyto-Victimes pour aider les agriculteurs malades. «C'est difficile, lâche-t-il. Car on culpabilise souvent les paysans en leur disant qu'ils n'avaient qu'à pas utiliser de pesticides.»

Il n'empêche, 150 agriculteurs l'ont ainsi contacté pour lui faire part de leurs problèmes de santé liés aux pesticides.