Enquête pour corruption autour du «Pentagone» français: Gérard Longuet reste «serein»

JUSTICE Bouygues a obtenu des informations cruciales de la part d'un haut fonctionnaire avant de décrocher l'appel d'offres...

Julien Ménielle et Anne-Laëtitia Béraud avec Reuters

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Image de synthèse représentant l'entrée du futur Pentagone à la française, en 2016, sur le site de Balard , au sud ouest de Paris, le 31 mai 2011.
Image de synthèse représentant l'entrée du futur Pentagone à la française, en 2016, sur le site de Balard , au sud ouest de Paris, le 31 mai 2011. — ©ARTEFACTORY

Regrouper toutes les administrations de la Défense sur un même site. Telle est l’ambition du «Pentagone à la Française». Une ambition qui pourrait bien être contrariée par la justice. Une information judiciaire pour corruption et favoritisme a en effet été ouverte concernant la construction du centre, obtenue par Bouygues. La procédure a été lancée en février 2011 à Paris, mais ce n’est que ce mardi qu’une source judiciaire en a confirmé l’existence, révélée par le Canard enchaîné.

Le cahier des charges a fuité

Ce chantier doit regrouper l'ensemble des états-majors et services centraux de la Défense dans un complexe neuf du 15e arrondissement. Mais le projet aurait été entaché de malversations. Enquêtant sur la base d'une information anonyme à partir d'octobre 2010, la police financière a découvert qu'un cadre dirigeant de Bouygues avait obtenu d'un haut fonctionnaire le cahier des charges du projet.

Aucune mise en examen n'a été prononcée à ce jour. La société Bouygues n'est pas informée de cette procédure et ne souhaite pas faire de commentaires dans l'immédiat, a indiqué à Reuters un porte-parole du groupe qui a finalement remporté l’appel d’offres en février. L’opération, pensée dans le cadre d’un partenariat public-privé, devrait avoisiner 1,2 milliard d’euros. L’Etat, qui ne finance pas les travaux, devra, à compter de 2014, payer au promoteur une redevance annuelle de 130 millions d’euros jusqu’en 2041.

Longuet et le ministère «d’une sérénité totale»

«Pour dire la vérité, je n’en ai aucun écho direct. Chacun peut saisir un juge, un juge peut interroger sur tout sujet, donc je suis très attentif à cette instruction», a déclaré le ministre de la Défense Gérard Longuet, qui s'est déclaré «serein» ce mardi soir en marge d'une convention UMP. «Je ne ferai rien», a répondu le ministre interrogé sur ses intentions.

«Le Canard enchaîné m’a instruit qu’un juge instruisait. La construction du futur Pentagone à la française a été engagée il y a cinq ans, gérée dans la transparence. Je crois qu’il y a une dizaine de commissions, rassemblant une centaine de personnes qui ont travaillé sur ce projet, tout est connu, tout est sur la table, et je crois que le ministère est d’une sérénité totale», a-t-il précisé.