Financement des syndicats: «Un deal non écrit pour acheter la paix sociale»

INTERVIEW Pour Jean-Luc Touly, co-auteur de «L'argent noir des syndicats», les centrales syndicales profitent des largesses des CE...

Recueilli par Gilles Wallon

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Les syndicats appellent ce samedi à une nouvelle journée de manifestation, la huitième en deux mois, contre la réforme des retraites déjà adoptée, ce qui fait peser une lourde hypothèque sur l'ampleur de la mobilisation.
Les syndicats appellent ce samedi à une nouvelle journée de manifestation, la huitième en deux mois, contre la réforme des retraites déjà adoptée, ce qui fait peser une lourde hypothèque sur l'ampleur de la mobilisation. — Miguel Medina AFP

Le scandale de la gestion du comité d’entreprise (CE) de la RATP remet en lumière la question du financement des syndicats, dont les élus dirigent en partie les comités d’entreprise. Jean-Luc Touly, co-auteur de L’argent noir des syndicats, revient sur ces zones d’ombres alors qu’un rapport parlementaire sur le sujet vient d’être enterré par l’Assemblée nationale.

Comment sont financés les syndicats en France ?

En grande majorité, leurs recettes ne proviennent pas des cotisations de leurs adhérents. Entre 70 et 80% de leurs fonds proviennent des grandes entreprises et de l’Etat, pour la majorité des syndicats. Cette proportion monte même à 97% dans certains cas, si l’on en croit le dernier rapport du député Nicolas Perruchot. Le financement venu des entreprises passe soit par les CE, soit par les organismes paritaires.

Combien d’argent touchent les syndicats ?

La somme globale tourne entre 3 et 4 milliards d’euros. Et les budgets annuels des plus grands CE varient entre 100 et 500 millions d’euros. Mais le problème, ce n’est pas forcément l’origine de l’argent. C’est que tout cela soit caché. Les partis politiques et les grandes centrales syndicales refusent de témoigner. Ce rapport parlementaire qui n’est pas voté, qui n’aboutit à rien, c’est tout de même invraisemblable.

Pourquoi ce rapport a-t-il été enterré ?

On dit que c’est trop sensible, que ce n’est pas le moment, qu’il est «urgent d’attendre». Avant la présidentielle, on se dit qu’étaler ces dérives pourrait profiter au FN. Mais il est encore pire de ne rien dire. Il y a un deal non écrit entre les partis politiques, les grands dirigeants des organisations patronales et les cadres des centrales syndicales pour acheter une partie de la paix sociale. Tout cela, il faut en parler. D’autant que cela se fait sur le dos des salariés.

Comment ?

Depuis la loi de 1945, les employeurs versent un montant de leur masse salariale au financement des comités d’entreprises. Cet argent-là devrait servir aux salariés, à leurs loisirs, etc. Mais il est dévoyé au financement des centrales. C’est un domaine dans lequel il nous faut beaucoup plus de transparence.

Ouvrage

L’argent noir des syndicats, de Jean-Luc Touly, Roger Lenglet et Christophe Mongermont, aux Editions Fayard