Procès pédophile à Rodez: L'une des victimes témoigne

PEDOPHILIE Victime d'attouchements par un moine dont le procès s'ouvre ce mercredi, Solweig Ely a bien voulu raconté son histoire à «20 Minutes»...

Vincent Vantighem

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Solweig Ely a mis dix ans pour se décider à raconter son calvaire dans un livre.
Solweig Ely a mis dix ans pour se décider à raconter son calvaire dans un livre. — F. ELSNER / 20 MINUTES

Quand il a appris la parution du livre de sa fille, le père de Sol­weig Ely s'est pendu dans sa cuisine. Aujourd'hui, la jeune femme de 38 ans essaye d'être «la plus sereine possible». Mais elle avoue que ce n'est pas «facile tous les jours.» Ce ne le sera vraiment pas ce mercredi. Solweig Ely sera à Rodez (Aveyron). Elle prendra place sur le banc des parties civiles du tribunal correctionnel. Dans le box des accusés, il y aura le frère Pierre-Etienne Albert. Issu de la communauté des Béatitudes, il a reconnu des attouchements sexuels sur 57 enfants. Solweig fait partie des victimes. Elle avait 9 ans au moment des faits.

«J'espère que les vomissures que tu écris étoufferont l'enfant que tu portes»

A l'époque, les parents de Solweig avaient décidé de rejoindre la communauté des Béatitudes. Sa mère avait été sauvée par un moine mi-guérisseur, mi-exorciste. Elle était ainsi devenue croyante. La petite famille posa ses valises à l'Abbaye-Blanche de Mortain (Calvados). La bâtisse était froide. Sol­weig s'ennuyait. Ses parents travaillaient beaucoup pour le bien de la communauté. Le soir, ils partaient dîner vers 20h, laissant la petite fille seule dans sa chambre. «Les craquements du vieux plancher» annonçaient alors l'arrivée du frère Pierre-Etienne et de sa «barbe à l'odeur fétide». Tous les soirs, l'ecclésiastique profitait de la fillette apeurée. Un jour, le père de Solweig entra dans la chambre. Voyant la scène qui se jouait sous yeux, il déclara simplement: «Il se fait tard et il va falloir que Solweig aille se coucher…»

Aujourd'hui, la jeune femme a besoin d'entendre qu'elle n'était pas «responsable», qu'elle n'était pas «la putain dépravée» que son père décrivait. Quand elle s'est constituée partie civile, elle a aussi décidé d'écrire son histoire*. Elle était enceinte à ce moment-là. Apprenant la sortie du livre, sa mère l'a appelée. «J'espère que les vomissures que tu écris étoufferont l'enfant que tu portes», lui a-t-elle asséné. Solweig a coupé les ponts. Elle pense désormais «à Noël et à la joie de ses quatre pitchounes». Quant à la religion? «Aide-toi et oublie la fin du dicton», conclut-elle.

*Le Silence et la honte, de Solweig Ely, éditions Michel Lafon, 17,95 euros