Qui sont les parents du petit Bastien, mort dans un lave-linge?

FAIT-DIVERS Négligences et violences marquaient le quotidien de cette famille démunie...

Nicolas Bégasse

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Une photo de Bastien et des fleurs déposées devant le domicile de ses parents, à Germigny-l'Evêque (Seine-et-Marne) le 28 novembre 2011.
Une photo de Bastien et des fleurs déposées devant le domicile de ses parents, à Germigny-l'Evêque (Seine-et-Marne) le 28 novembre 2011. — MARTIN BUREAU / AFP

Mis en examen dimanche après la mort de Bastien, leur fils de trois ans, Christophe Champenois et Charlène Cotte sont actuellement en prison. Lui pour avoir enfermé son fils dans un lave-linge et l’avoir mis en marche, elle pour ne pas l’en avoir empêché. Le point culminant d’années de négligences et de violences.

Christophe, 33 ans, fils unique orphelin de père, ne portait plus grand intérêt à sa femme et n’en n’a jamais eu pour son fils Bastien. Selon l’entourage du couple, il n’aimait plus Charlène et lui préférait même sa voiture. Sans emploi, il ne prenait pas soin de sa compagne, qui vivait, selon Le Parisien, avec les mêmes chaussures depuis quatre ans et acceptait la coupe ratée faite par un copain de Christophe soi-disant coiffeur. Quant à Bastien, il n’était pas un enfant désiré. La mère de Charlène raconte que, le jour de sa naissance, Christophe était occupé à boire avec des amis et expliquait qu’il ne voulait pas de l’enfant. Boire, il le faisait aussi au volant, selon des témoins à la sortie de l’école, inquiets de le voir «boire et rouler avec des enfants non attachés».

Mais il n’y avait pas que la négligence. Selon plusieurs témoignages, Christophe se montrait également violent. Condamné en 2010 à deux mois de prison avec sursis pour violence sur Charlène, il la battait souvent. «Je savais qu’elle était battue», raconte une des sœurs de la jeune femme. Sa mère assure qu’elle «portait régulièrement des bleus». Les relations étaient tendues entre Christophe et la famille de Charlène, sa mère l’ayant déjà frappé, et un de ses frères en étant également venu aux mains avec lui.

«Dès l’âge de trois mois, je voyais qu’il avait des bleus»

Bastien n’échappait pas à ces maltraitances: les voisins du couple l’ont déjà aperçu abandonné sur le bord d’une fenêtre recouvert d’une couverture, et sa grand-mère maternelle se souvient que «dès l’âge de trois mois, je voyais qu’il avait des bleus.» La grande sœur de Bastien, Maud, âgée de 5 ans, a confié aux voisins après la mort de Bastien qu’il était parfois enfermé des heures dans un placard en guise de punition, et que ce n’était pas la première fois qu’il était placé dans le lave-linge.

Charlène, elle, subissait la situation sans rien dire. Cette femme de 25 ans refusait toute aide de sa mère ou de l’un ou l’une de ses sept frères et sœurs. Après que sa mère a essayé de dénoncer les violences infligées à Bastien, elle ne l’a plus revue pendant un an. «Quand j’ai renoué avec elle, je l’ai trouvée vieillie de dix ans», rapporte sa mère au Parisien, qui pense que la jeune femme aimait son compagnon, et refusait, par amour, «d’entendre raison».

Cet amour et cette soumission se retrouvent sur les pages Facebook du couple. Charlène n’y a qu’un «ami», celui qu’elle appelle «mon homme» et à qui elle fait référence tout au long de ses «informations générales» et «activités». Sur la photo de son compte Facebook, Christophe est en présence de sa fille Maud. «Sa fille était le bon Dieu, l’amour de sa vie», explique la mère du jeune homme, qui reconnaît qu’il ne désirait pas un autre enfant, estimant ne pas avoir les moyens de l’élever.

Un quotidien en passe de s’améliorer

Les services sociaux, qui suivaient la famille, ne pouvaient que constater la situation. Une enquête avait conclu à «des conditions de vie précaires, un cadre peu épanouissant et un père incapable d’identifier les priorités», mais la violence n’était pas apparente. La famille, démunie et requérant parfois l’aide des Restos du Cœur, ne rejetait pas l’aide sociale et répondait aux convocations de l’école.

Leur quotidien était même en passe de s’améliorer: la veille du drame, Christophe se réjouissait par téléphone auprès de sa mère de leur prochain déménagement, qui les ferait quitter leur deux-pièces exigu sous les toits pour un quatre-pièces dans un HLM de Meaux (Seine-et-Marne). Mais lors du même appel, il s’était, à nouveau, plaint du comportement turbulent de son fils.