Alcool chez les jeunes: «C'est une manière de recracher à la figure des adultes la société de consommation», selon Xavier Pommereau, pédopsychiatre

INTERVIEW Le professeur Xavier Pommereau est pédopsychiatre au CHU de Bordeaux. Il invite les parents à ne pas éluder la question de l'alcool avec leurs enfants...

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

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L'alcool est très présent en soirée.
L'alcool est très présent en soirée. — F. ELSNER / 20 MINUTES

Une étude de l'Apel présentée ce mardi montre que les parents s'inquiètent de la consommation d'alcool des jeunes en général, mais pas tellement de leurs enfants, comment l'expliquez-vous?

Concernant son propre enfant, les parents ont rarement conscience des réalités. La plupart des parents n’ont pas idée de la manière dont leur fille ou leur fils de 15 ans se comporte en soirée, ils pensent qu’à cet âge-là, les fêtes d’anniversaire restent raisonnables. Pourtant ils doivent réaliser  que s’ils laissent leur maison ou leur appartement, sans surveillance d’un adulte, à un ado de moins de 16 ans pour qu’il organise une fête, cela va dégénérer en beuverie. Beaucoup de parents sont désemparés par la vitesse à laquelle les choses changent, ils n’avaient pas prévu que leur gamin deviendrait adolescent dès 11 ans. Au CHU de Bordeaux  je reçois, en moyenne, deux gamins de 13-14 ans par semaine en situation de coma éthylique

Pourquoi ce besoin d’alcoolisation excessif chez les adolescents?

Nous sommes dans une société de consommation dans laquelle on gave les enfants de biens matériels. L’alcoolisation jusqu’à l’excès, c’est une manière de recracher à la figure des adultes cette société. Il faut arrêter de les traiter uniquement comme des consommateurs. Il faut aussi cesser de leur délivrer systématiquement un discours négatif, de leur dire que la planète est foutue, que la crise économique les attend, tout en leur mettant la pression à l’école. C’est ce qui explique qu’en fin de semaine ils veuillent se lâcher avec des substances très dangereuses, l’alcool pour commencer, mais aussi le cannabis voire la cocaïne.

Que devraient faire les parents?

Il ne faut surtout pas banaliser ces conduites. Cela ne sert à rien de hurler, mais il faut comprendre pourquoi une soirée a dérapé. Il y a une différence entre un ado qui se rend compte que trop boire, c’est anormal, et un autre qui trouve cela normal. Il ne faut pas hésiter à les accompagner lorsqu’ils vont à une soirée, et à venir les récupérer. Faire cette démarche, c’est aussi leur dire qu’on ne les laisse pas faire n’importe quoi, qu’on se soucie d’eux.