Procès Carlos: Les archives de la Stasi révèlent les coulisses de la politique française

JUSTICE Le terroriste discute des pièces des archives de la Stasi...

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Alors que Carlos assure avoir aidé l'Armée républicaine irlandaise (IRA), un journaliste français et ancien membre de l'IRA a assuré lundi à la cour d'assises spéciale de Paris que l'organisation militaire n'avait, au début des années 1980, "aucune relation" avec Carlos.
Alors que Carlos assure avoir aidé l'Armée républicaine irlandaise (IRA), un journaliste français et ancien membre de l'IRA a assuré lundi à la cour d'assises spéciale de Paris que l'organisation militaire n'avait, au début des années 1980, "aucune relation" avec Carlos. — Benoit Peyrucq afp.com

Carlos, qui conteste l'utilisation des archives de la Stasi dans son procès aux assises de Paris, va pouvoir continuer cette semaine à disserter sur le sujet avec l'examen, fastidieux mais indispensable, de chacune des pièces de ces archives.

Puis, la cour d'assises spéciale, qui juge Ilich Ramirez Sanchez depuis le 7 novembre pour quatre attentats commis en France en 1982 et 1983 (11 morts, 150 blessés), passera du monde des espions aux coulisses de la politique en entendant trois collaborateurs de François Mitterrand, président de la République à l'époque.

"Ces écoutes, c'est du bidon!": depuis le début de son procès, Carlos bondit chaque fois que sont évoqués les nombreux éléments tirés des archives de la Stasi, la police politique de l'ex-Allemagne de l'Est, qui le lient aux quatre attentats perpétrés en France.

Ecoutes téléphoniques

"On ne parlait pas dans les maisons, on allait dans la rue, même l'hiver, on marchait dans la neige", a expliqué l'accusé pour tenter de prouver que les enregistrements de conversations entre membres de son organisation, découverts par les enquêteurs français dans les archives de la Stasi, ne pouvaient être authentiques.

Outre ces retranscriptions d'écoutes, des compte-rendus de surveillances, de filatures, de rencontres entre les membres du groupe de Carlos et les services secrets roumain, hongrois ou est-allemand figurent dans les archives de la Stasi dont les agents surveillaient étroitement ces remuants "camarades révolutionnaires" installés au début des années 1980 à l'abri du Rideau de fer.

A partir de lundi, la cour pourra vérifier ce qu'il en est lors de l'examen, prévu sur plusieurs jours, de chacune des pièces. Plusieurs policiers français, un haut magistrat allemand et l'ex-juge d'instruction Jean-Louis Bruguière ont défendu cette semaine la thèse de leur fiabilité, vivement contestée par la défense.

"Guerre privée" contre la France

Selon l'accusation, ces attentats sont survenus car l'organisation de Carlos menait une "sale guerre privée" contre la France pour obtenir la libération de deux des siens arrêtés à Paris en 1982: le Suisse Bruno Breguet et l'Allemande Magdalena Kopp, alors compagne de Carlos.

Selon plusieurs documents mis au jour au cours de l'enquête et tirés des archives de la Stasi, l'avocat français Jacques Vergès aurait été à l'époque en contacts officieux pour le compte de Carlos avec des émissaires du ministre de l'Intérieur Gaston Defferre et du Premier ministre Pierre Mauroy.

Son but: obtenir la libération de Kopp et Breguet parce que leur arrestation faisait craindre des représailles contre la France.

Monnaie d'échange

Ces émissaires présumés sont convoqués à la barre mardi et jeudi: il s'agit de Roland Kessous, conseiller juridique de Gaston Defferre, Louis Joinet, conseiller de Pierre Mauroy, et Jean-Claude Colliard, directeur de cabinet de François Mitterrand.

Si elles étaient avérées, ces négociations constitueraient une épine pour la défense. L'échec de ces pourparlers expliquerait les attentats des 29 mars et 22 avril 1982, respectivement dans le train Capitole Paris-Toulouse et au siège d’un journal arabe, rue Marbeuf à Paris, suivis de deux autres attentats en 1983.

Enfin, la cour entendra vendredi le "repenti" allemand Hans-Joachim Klein, 63 ans, qui a participé sous la direction de Carlos à la prise d'otages des ministres de l'Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole) à Vienne en 1975. C'est aussi le plus proche des ex-compagnons d'arme de Carlos qui témoignera à ce procès dont le verdict est attendu le 16 décembre.