Selon vous, la couverture médiatique de certains événements peut-elle être réservée aux hommes?

VOTRE DÉBAT près l'agression sexuelle de trois journalistes femmes en Égypte, Reporters Sans Frontières a conseillé aux rédactions de ne plus dépêcher de femmes sur place...

Christine Laemmel

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Lara Logan, quelques instants avant son agression place Tahrir, au Caire, le 11 février 2011
Lara Logan, quelques instants avant son agression place Tahrir, au Caire, le 11 février 2011 — no credit

Caroline Sinz, Mona Eltahawy, Lara Logan. Toutes trois journalistes, toutes trois chargées de couvrir la révolution égyptienne. Toutes trois battues, agressées sexuellement, dans les six derniers mois, dans les rues du Caire. Toutes trois, femmes.

Caroline Sinz, journaliste de France 3, dernière victime en date, a été agressée ce jeudi, aux abords de la place Tahrir. Elle raconte: «J’ai été tabassée par une meute de jeunes et d’adultes qui ont arraché mes vêtements et qui ont procédé à des attouchements répondant à la définition du viol.»

Reporters sans frontières a aussitôt réagi en publiant un communiqué demandant explicitement aux rédactions de «cesser momentanément d'envoyer des femmes journalistes en reportage en Egypte», en ajoutant: «C'est malheureux d'en arriver là, mais face à la violence de ces agressions, il n'existe pas d'autre solution.»

Communiqué retiré très rapidement du site de RSF, au profit d’une version bien plus nuancée: «Il n’est pas question de renoncer et de cesser de couvrir la situation en Egypte, mais il faut s’adapter aux menaces actuelles. Les femmes reporters qui se rendent sur la place Tahrir doivent avoir conscience de cette situation.»

«Des journalistes comme les autres»

Internautes et journalistes n’ont pas lésiné à exprimer leur désaccord avec le conseil de RSF. Une tentative de dissuasion «humiliante» pour Marie-Françoise Colombani, éditorialiste du magazine ELLE. Une «régression» pour Pierre Haski, co-fondateur de Rue 89, un «renoncement majeur qui en règlerait rien» pour Olivier Siou, rédacteur en chef adjoint sur France 2.

Le syndicat des journalistes CGT de France Télévisions a quant à lui fortement critiqué la prise de position de RSF. Dans un communiqué, le SNJ-CGT estime «que les femmes sont des journalistes comme les autres et qu'elles ont le droit d'exercer leur métier comme tout confrère (…). La presse ne doit pas plier devant ceux qui voudraient cantonner nos consœurs au rôle d'épouse et de mère.»

Et vous, comprenez-vous la position de RSF? Voyez-vous dans ce conseil une simple volonté de protection d’une population prise pour cible? Ou un conseil avilissant pour les femmes reporters? Une telle distinction, fondée sur le sexe est-elle moralement admissible? Le danger, aussi avéré soit-il, peut-il justifier d’écarter les femmes journalistes de la couverture de certains événements?

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