Frédéric Matwies, ancien mari violent: «J'ai essayé de décortiquer comment la violence apparaissait»

INTERVIEW Dans «Il y avait un monstre en moi», l'homme raconte son histoire de façon parfois crue...

Propos recueillis par Nicolas Bégasse

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Frédéric Matwies, auteur du livre «Il y avait un monstre en moi», en novembre 2011.
Frédéric Matwies, auteur du livre «Il y avait un monstre en moi», en novembre 2011. — EDITIONS MICHALON

Frédéric Matwies, 44 ans, est l’auteur du livre Il y avait un monstre en moi, paru le 10 novembre aux éditions Michalon. Il y raconte, de son point de vue de compagnon violent, l’histoire du couple qu’il a formé pendant dix ans avec Sabrina. Le récit, parfois cru, de la violence conjugale.

>> Le témoignage de Sabrina est par ici.

Ca n’a pas été difficile, à la sortie du livre, de reparler de votre expérience dans les médias?

Ca avait déjà été difficile de tout se remémorer pour l’écriture du livre. Avec les médias, c’est plus facile à chaque fois, même si ça n’est jamais évident non plus: on ne raconte pas ses vacances en Corse, on parle d’un sujet plus grave...

Comment expliquez-vous qu’un témoignage comme le vôtre, celui d’un ex-mari violent, soit beaucoup plus rare que celui d’une femme battue?

Peut-être parce que les femmes ont plus de courage que les hommes? Par expérience, je sais que c’est très dur de pouvoir mettre des mots sur ce qu’on a vécu, de se remémorer toute cette histoire. C’était tellement dur, j’avais mis beaucoup de scènes dans un coin de ma mémoire. J’ai demandé à Sabrina, avec délicatesse, de m’aider à me souvenir.

Justement, comment s’est déroulé le processus d’écriture?

Ca m’a pris environ quatre mois d’écriture. C’est un gros travail de tout se remémorer, et de remettre dans l’ordre dans toute cette histoire. D’éviter de ne parler que de violence, aussi, mais évoquer aussi une histoire d’amour passionnel, nos enfants. Avec Sabrina, nous avons passé plusieurs dimanches après-midi, calmement, à essayer de se souvenir. C’était curieux, j’avais oublié certains épisodes, et dès qu’elle m’en parlait, ça me revenait.

Pensez-vous que votre témoignage pourra aider d’autres couples?

Je pense que ça peut apporter de l’eau au moulin, oui. En tant qu’homme, j’ai essayé d’entrer dans le fonctionnement de la violence conjugale, de décortiquer comment la violence apparaissait. En se mettant dans la peau d’un homme qui ose se mettre à nu, qui parle en étant vrai, même cru, on peut apporter un autre regard, et aider à mieux cerner cette violence.

Vous écrivez que tous les maris violents sont pareils. C’est-à-dire?

Ce que j’ai pu constater, c’est que très souvent, l’homme rejette la responsabilité de son attitude sur sa compagne, sa copine, sa femme. C’est le premier réflexe qu’il a. En thérapie de groupe, on apprend à mettre de côté cette explication.

Vous dites dans le livre que la seule solution, c’est la séparation...

Si le couple est capable, par exemple par une thérapie familiale ou une médiation, de se supporter et de faire un travail ensemble, peut-être peut-il rester un couple. Mais cela dépend du degré de violence dans lequel il se trouve. Dans mon cas, la relation de couple devait s’arrêter, parce que plus personne ne se supportait. En attendant de se retrouver après, peut-être.

Vous parlez dans votre ouvrage du «profil» de Sabrina, qui avait déjà connu la violence avant de vous rencontrer. Votre relation aurait-elle pu être différente avec une autre?

J’avais à la base un problème de violence et de comportement, dès la maternelle, et ça a continué par la suite. A l’armée, je n’ai pas fait mon service car ils avaient détecté en moi un problème de vie en groupe. La violence, je l’ai traînée jusqu’à ma rencontre avec Sabrina.

Quel est votre état d’esprit, deux semaines après la sortie du livre?

Je suis content, parce que je pense qu’il a une utilité publique, d’autant plus qu’il parle d’un sujet tabou et qui, selon les chiffres, ne va pas forcément en s’arrangeant. Je suis convaincu qu’il y a une solution à cette violence, je l’ai écrit, donc de ce côté-là je suis satisfait. Mes filles sont plutôt ravies de ma démarche. La plus petite, âgée de 13 ans, m’a dit: «Papa, tu as la foi de faire tout ça.» Il était important de montrer que la violence conjugale n’est pas une fatalité, que les hommes ne sont pas obligés de vivre avec ce poison.