Assassinat du juge Renaud: «Sacrifié parce qu'il a découvert une magouille de haut niveau»

EXCLUSIF Francis Renaud, fils du juge lyonnais assassiné en 1975, veut rétablir la vérité sur son père...

Recueilli par Nicolas Coisplet et Yvon Mézou

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Francis Renaud, fils du juge François Renaud, assassiné en 1975, le 14 novembre 2011.
Francis Renaud, fils du juge François Renaud, assassiné en 1975, le 14 novembre 2011. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Pourquoi revenir, trente-six ans après, sur la mort de votre père?

L'élément déclencheur, c'est l'émission «Faites entrer l'accusé» consacrée à mon père en 2006. Je l'ai revue cinquante fois et j'ai eu l'impression qu'on faisait le procès de mon père. Cela m'a révolté: mon père a été assassiné, ses assassins ont été identifiés très rapidement, ils n'ont jamais été arrêtés, l'un d'entre eux a été exécuté dans des conditions a priori très suspectes, les commanditaires n'ont jamais été inquiétés. Et sur les causes de son assassinat, j'ai eu l'impression de n'avoir pas pu m'exprimer pleinement au cours de cette émission. J'ai eu besoin de répondre en écrivant ce livre, de rétablir la vérité du personnage.

Et rétablir la vérité du personnage, c'est rétablir celle sur son meurtre...

Il y a deux thèses. La thèse simple qui l'a emporté jusqu'à aujourd'hui: un magistrat répressif, qui parle mal, porte des bottes, sort le soir, qui côtoie des truands, qui essaie de comprendre par lui-même. Bref, qui bouscule le cadre traditionnel, et qui est victime de tout ça. Dès lors, soit il est assassiné par un voyou humilié, soit il est allé un peu trop loin et dans ce cas, c'est lui le coupable.

Et la thèse plus compliquée?

C'est celle qui implique le Service d'action civique (SAC). Elle donne une tout autre image de mon père : un homme d'honneur, intègre, qui se sacrifie pour la justice parce qu'il a découvert une magouille de très haut niveau. C'est ce personnage-là que je veux réhabiliter.

Sur quels éléments vous appuyez-vous pour affirmer que votre père a été victime du SAC?

Cette thèse du SAC a été oubliée, ensevelie par l'histoire, mais de par les confidences de mon père, le travail d'Yves Boisset dans Le Juge Fayard dit le Shérif, celui de certains journalistes d'investigation, elle était très crédible à l'époque. Et trente-six ans plus tard, certains développements historiques montrent que c'était une organisation politique avec une dérive mafieuse et qui était approuvée au plus haut niveau de l'Etat.

Vous dressez un parallèle entre l'assassinat de votre père et la mort du ministre Robert Boulin en 1979...

Robert Boulin avait trouvé un circuit de rétrocommissions dans la Françafrique pour financer des partis, mon père avait décelé un système de financement s'appuyant sur le grand banditisme: c'était encore plus grave. On retrouve dans ces deux affaires les mêmes procédés pour dissimuler un crime d'Etat, et les mêmes personnages: le ministre de la Justice, Alain Peyrefitte, qui faisait partie des gens soutenant que Boulin était corrompu et le commissaire Pierre Richard, du SRPJ de Lyon, où ont eu lieu les irrégularités les plus ahurissantes.

Quel est le lien entre le gang des Lyonnais et l'assassinat?

Les trois tueurs présumés de mon père, Marin, Lamouret et Alfani, ne font pas partie du gang. On peut penser qu' Edmond Vidal, chef du gang en prison, a reçu l'instruction d'éliminer le juge, que le gang a financé et trouvé les tueurs. Mais le commanditaire, c'est peut-être Jean Schnaebelé, parrain lyonnais lié au SAC. Le gang des Lyonnais, ce ne sont ni les exécutants ni les commanditaires, mais les bénéficiaires.