Bizutage: Un étudiant de Dauphine porte plainte, un conseil de discipline convoqué

FAIT-DIVERS Une réunion de recrutements de nouveaux membres d'une association de l'université a mal tourné...

© 2011 AFP

— 

Un étudiant de première année à l'université Paris-Dauphine a porté plainte après un bizutage au cours duquel des "lettres de sang" lui ont été inscrites dans le dos, un geste jugé "abject" par le président de l'université qui va se constituer partie civile.
Un étudiant de première année à l'université Paris-Dauphine a porté plainte après un bizutage au cours duquel des "lettres de sang" lui ont été inscrites dans le dos, un geste jugé "abject" par le président de l'université qui va se constituer partie civile. — Jacques Demarthon afp.com

Dernière info dimanche 18h17: Le conseil de discipline convoqué par l'université Paris-Dauphine, après le bizutage violent d'un étudiant dans ses locaux, aura lieu «dans une vingtaine de jours», a indiqué dimanche à l'AFP la direction de l'établissement.

Des lettres de sang sur le dos. Un étudiant de première année de l'université Paris-Dauphine a porté plainte après un bizutage en «lettres de sang», a annoncé samedi à l'AFP Laurent Batsch, le président de la faculté qui va se porter partie civile et convoquer un conseil de discipline.

Lors d'une réunion de recrutement de nouveaux adhérents de l'association d'étudiants Japad, «un des membres, sous l'emprise de l'alcool, à l'aide d'un instrument qui semble être une capsule de bouteille, a gravé sur le dos du candidat les lettres "Japad"», a expliqué M. Batsch, interrogé par l'AFP.

Lettres de sang

«Ce ne sont pas des plaies ouvertes ni des incisions profondes, mais des lettres de sang», a-t-il précisé. Ces agissements «portent atteinte à l'intégrité physique et morale» de l'étudiant, il s'agit d'«un geste odieux et abject qui a appelé une réaction déterminée dès qu'on en a eu connaissance, en fin de semaine», a-t-il ajouté.

L'association Japad a été «immédiatement radiée de l'université, ses locaux fermés» et un conseil de discipline va être convoqué, «au cours duquel nous traduirons à la fois les responsables de l'association, les membres présents lors de cette funeste séance et le ou les responsables du forfait».

Tristesse et colère

La victime, en première année de licence, venait d'entrer à l'université et «pouvait souhaiter un autre accueil», a commenté M. Batsch. «Nous l'avons rencontré et nous sommes en contact permanent avec lui et sa famille. Nous saluons le courage qui est le sien d'avoir porté plainte», a-t-il ajouté.

«C'est un sujet qui nous plonge dans une certaine tristesse et dans une colère à la hauteur de cette tristesse», a-t-il encore dit.

Le président de l'université a fait part de sa «détermination personnelle à éradiquer ce genre de pratique».

«Week-end de Désintégration»

Selon l'université, Japad est «une association ancienne et importante, car elle organise le Gala annuel».

Sur son site internet, la «Jeune association pour la promotion des activités à Dauphine» précise que «depuis de nombreuses années», elle «met en place plusieurs soirées par an (...), le prestigieux Gala Dauphine dans les locaux de l'Université et le Week-end de Désintégration pour les master 1 et master 2 quittant Dauphine.»

«Traumatismes psychologiques graves»

Bien que le bizutage soit légalement punissable depuis une loi de 1998, imaginée par Ségolène Royal, alors ministre déléguée à l'Enseignement scolaire, il se poursuit parfois dans certaines universités et grandes écoles, lors de réunions fortement alcoolisées.

Il entraîne des «traumatismes psychologiques graves» pour 92% des parents d'élèves et 78% y voient «une épreuve humiliante», selon une enquête publiée en septembre dernier par le Comité national contre le bizutage (CNCB).

Dans une enquête diffusée un an plus tôt, la Peep, deuxième fédération de parents d'élèves, révélait qu'environ 10% des parents interrogés avaient eu connaissance d'un cas de bizutage dans leur entourage en 2009-2010.

Actes humiliants et dégradants

Dans une lettre envoyée en 2010 aux présidents d'université, Valérie Pécresse, alors ministre de l'Enseignement supérieur, avait donné des consignes de prévention et leur avait rappelé leur responsabilité morale.

La loi de 1998 définit le bizutage comme le fait d’amener autrui contre son gré ou non à subir ou commettre des actes humiliants ou dégradants. Il est passible de six mois de prison et 7.500 euros d'amende.

Malgré la loi, «les victimes déposent rarement plainte et quand elles le font, elles sont classées sans suite», selon Marie-France Henry, présidente du CNCB.