Voyage au coeur des bidonvilles de Mayotte

REPORTAGE Certains habitants du 101e département français vivent dans des conditions de grande précarité...

Julien Ménielle, à Mayotte

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Des logements de fortune à Majicavo Koropa, sur l’île de Mayotte, le 27 octobre 2011.
Des logements de fortune à Majicavo Koropa, sur l’île de Mayotte, le 27 octobre 2011. — Julien Ménielle / 20 Minutes

De notre envoyé spécial à Mayotte,

Mayotte n’est pas un département comme les autres. Le métropolitain qui débarque à Mamoudzou, la préfecture, est frappé par les gravats et déchets dans les rues, et les logements de fortune, plus volontiers en tôle qu’en «dur». Pourtant, à quelques kilomètres de là, sur la commune de Koungou, ce sont de véritables bidonvilles qui hérissent la colline surplombant l’océan indien.

Cap au Nord, direction Majicavo Koropa. Le taxi n’est pas vraiment taxi, mais la grève l’empêche de livrer ses médicaments alors il arrondit ses fins de mois en zigzagant entre les carcasses de voitures fumantes et les troncs d’arbres qui barrent la route. Sur place, les rues ressemblent à celles de Mamoudzou. Mais en gravissant la roche, ce sont des centaines de bangas, logements faits de bric, de broc, de tôle et de bois, que l’on découvre.

Les clandestins côtoient les Mahorais les plus pauvres

Dans l’une d’elle, cachée derrière les cocotiers et une grande barrière de bâches blanches, Fatima et ses six enfants. Son mari et elle ont trois euros par jour pour nourrir leur famille. Leur foyer n’a ni l’électricité, ni, comme la majorité des habitants du quartier et un quart des logements à Mayotte, l’eau courante. Fatima vit à côté du puits qu’utilisent tous les habitants du quartier. Pour l’heure, il est à sec. A la saison des pluies, il est certes plein, mais l’eau n’est pas potable.

Les rares voisins qui ont l’eau courante la vendent deux euros les 40 litres. Autant dire une fortune, ce qui pousse souvent les familles à boire l’eau du puits, quitte à tomber malade. C’est pourquoi, un peu plus loin, Kaltadine tient son dispensaire Médecins du monde, en bénévole. Car seuls les Mahorais (habitants de Mayotte) ont droit à la sécurité sociale et à Majicavo Koropa, la majorité des gens vient d’Anjouan, l’île voisine. Et cette population, qui côtoie ici les Mahorais les plus pauvres, doit s’acquitter d’une somme forfaitaire pour les soins.

Ni mendicité, ni agressivité

Dix euros la consultation, les examens et les traitements. Une misère. Sauf quand on a trois euros pour vivre chaque jour. Le long des chemins de terre, les bangas succèdent aux bangas, qui surmontent d’autres bangas qui semblent accrochés à la roche. On y parle Shimaoré, mais les «Bonjour» fusent sur le passage du mzungu [blanc], attraction en ces lieux. Ni mendicité, ni agressivité, même si les tensions existent entre les différentes communautés.

Les bangas sont coincés entre les lotissements principalement habités par des métropolitains et les quartiers mahorais plus aisés. Mais Kaltadine, qui vit sur place, est formel: ici, pas d’incidents. «Chacun pour soi et Dieu pour tous», résume le bénévole. Ici, Dieu s’appelle Allah, comme dans 95% de l’île. «Nous sommes musulmans modérés», explique-t-il en passant au-dessus de la mosquée située sur la route en contrebas.

«Contre la vie chère, on est tous ensemble»

Dans une banga, un peu plus loin, neuf enfants vivent seuls avec leur grand-mère. Leurs parents ont été expulsés vers Anjouan. «C’était il y a plus d’un an», se souvient la vieille femme, assise sur l’un des deux lits de la pièce d’une vingtaine de mètres carrés dans laquelle elle vit avec ses petits-enfants. Les expulsés reviennent inlassablement, à condition de pouvoir rassembler les 600 euros pour payer le passeur.

«Mieux vaut être clandestin ici que vivre là-bas», assure Attouman Mohamed, qui a déjà fait la traversée six fois en douze ans. Même si à Mayotte la vie est chère, même si l’île est en grève depuis un mois. A Majicavo Koropa, on a d’ailleurs manifesté dans les premiers temps du mouvement. Mahorais, clandestins, tout le monde s’est joint aux cortèges. «Contre la vie chère, on est tous ensemble.»