Des barrages artisanaux dans les rues de Mamoudzou, préfecture de Mayotte, le 26 octobre 2011.
Des barrages artisanaux dans les rues de Mamoudzou, préfecture de Mayotte, le 26 octobre 2011. — Julien Ménielle/20minutes.fr

OUTRE-MER

Mayotte: Nouveaux blocages sur fond de tension

De nouvelles actions ont partiellement bloqué l'île, faisant monter la tension qui règne dans la population...

Au 29e jour du mouvement contre la vie chère, la situation s’est à nouveau tendue ce mercredi à Mayotte. Alors que l’intersyndicale et les associations songent à donner une résonance nationale à leur action en se déplaçant en métropole et à la Réunion, les blocages ont repris sur fond de tensions croissantes au sein de la population, sans qu’aucun blessé n’ait cependant été signalé, selon le préfet.

>> L’interview du préfet sur la situation et le risque que le conflit dégénère par ici

Des barrages ont été montés ou réactivés sur les grands axes routiers de l’île, empêchant les véhicules de passer. Une ambulance transportant une femme enceinte a été caillassée, et le directeur de l’hôpital a pris la décision d’immobiliser ses véhicules, à moins d’avoir la certitude qu’ils puissent circuler ou de bénéficier d’une escorte policière.

Liaison maritime suspendue

Dans le même temps, les personnels de la barge reliant Petite Terre (sur laquelle se trouve notamment l’aéroport) ont cessé le travail, n’effectuant le trajet que pour les véhicules de secours. Les personnes devant traverser pour se rendre sur leur lieu de travail se sont trouvées bloqués, de même que les taxis assurant la jonction entre les embarcadères et les différents autres sites.

Le médiateur, de son côté, a poursuivi ses entretiens avec les différents acteurs du conflit. Avant même qu’il ne rencontre syndicats et associatifs, en fin de journée, ces derniers ont fait part de leurs intentions pour les prochains jours. «L’intersyndicale et le collectif des associations des consommateurs se déplacent à Paris pour organiser une conférence de presse», ont-ils indiqué dans un communiqué.

Déplacement en métropole reporté

Celle-ci devait se tenir vendredi dans la capitale métropolitaine, suivie d’une autre, samedi, sur l’île de la Réunion. L’objectif: «Sensibiliser l’opinion régionale et nationale sur la gravité de la situation et les enjeux de ce mouvement social». Mais les responsables ont décidé de «reporter leur déplacement», un peu plus tard dans la soirée. Car à Mayotte, c’est leur base que les organisateurs du mouvement tâchent de contrôler, alors que les tensions sont vives.

Un incident significatif a eu lieu ce mercredi après-midi, à proximité d’un barrage de fortune érigé à Mamoudzou par des manifestants. Ces derniers affirment qu’une «métropolitaine» a tenté de forcer le passage en déplaçant les objets placés au sol. Et quand un jeune a tenté de l’en empêcher, «elle m’a craché à la figure, cette pute», raconte ce dernier, furieux, avant qu’une femme ne l’entraine plus loin par le bras.

«Ca va devenir une affaire de couleur, un conflit raciste»

«La police a voulu embarquer le jeune sans savoir ce qu’il s’était passé, on les a empêchés», raconte un homme. Un peu plus loin, un véhicule des forces de l’ordre stationne toujours, sous les huées des manifestants. «Ca va devenir une affaire de couleur, un conflit raciste», prévient Fatima, fonctionnaire en grève à quelques pas de là. Derrière elle, parmi les scooters qui passent, un métropolitain reçoit une bordée de sifflets.

«Les mzungu (blancs, ndlr) sont les bienvenus s’ils veulent le bien de Mayotte, poursuit Fatima. Mais ceux, Mahorais ou métropolitains, qui ne sont pas d’accord avec le mouvement, qu’ils restent chez eux et ne viennent nous pas provoquer.» Le préfet, s’il affirme être conscient du risque que le conflit dégénère, note que les organisateurs du mouvement ne font évidemment aucun appel en ce sens et qu’aucun incident de violence directe n’a été rapporté.