Mayotte: Le préfet est «très vigilant à ce que ce conflit ne tourne pas au conflit interethnique»

INTERVIEW Thomas Degos fait le point sur le conflit contre la vie chère, qui dure depuis un mois dans le département d'outre-mer...

Propos recueillis par Julien Ménielle, à Mayotte

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Thomas Degos, prefet du departement de Mayotte lors de negociations après des manifestations contre la vie chere, le 13 octobre 2011 à Mamoudzou
Thomas Degos, prefet du departement de Mayotte lors de negociations après des manifestations contre la vie chere, le 13 octobre 2011 à Mamoudzou — DUPUY FLORENT/SIPA

De notre envoyé spécial à Mayotte

Quel est le bilan de cette journée?
Aucun signalement de dégâts matériels ou de blessés n’a été porté à ma connaissance, mais il y a eu des blocages. Une dizaine de barrages routiers a été signalée, et le service maritime entre Petite Terre et Mamoudzou a été interrompu à partir de 9h, avant de reprendre en service minimum en fin d’après-midi.

Comment évolue le mouvement au niveau de la participation, mais aussi dans sa forme?
Je n’ai pas de chiffres concernant le nombre de grévistes déclarés. Je ne souhaite donc pas commenter la participation. Il y a des incidents de rue en marge des manifestations, comme c’est toujours le cas. Il y a sans doute une montée en puissance de ce phénomène ces derniers jours, on assiste à des comportements violents peu courants à Mayotte. J’en appelle au calme et à la sérénité, et condamne ces actes qui n’ont rien à voir avec les revendications.

Certains mettent en avant le risque que le conflit dégénère et que les métropolitains soient pris à parti, quel est votre sentiment?
J’ai conscience de ces craintes et je suis extrêmement vigilant sur cette question. Mais elle n’a bien évidemment jamais été mise en avant par les organisations, ni portée par la revendication. S’il a pu y avoir des altercations ou des menaces, il n’ya pas eu de violence directe sur un mzungu (blanc, ndlr) en raison de sa couleur de peau, même si je sens une tension particulière. Cela peut être ressenti comme une menace par une partie de la population, ou un risque par une autre, mais je suis très vigilant à ce que ce conflit ne tourne pas au conflit interethnique.

Concernant les négociations, le médiateur garde-t-il le même cap?
Il a annoncé qu’il menait des entretiens cette semaine avant de rentrer en métropole pour rendre un rapport la semaine prochaine. A ma connaissance, il est toujours sur cette position. Les discussions se déroulent bien, les craintes étaient infondées. Stanislas Martin est un spécialiste des prix et des marges et les premières réticences n’ont plus cours. Tout le monde l’a rencontré, et a demandé à le rencontrer à nouveau. La négociation sur les prix avait atteint sa limite, selon moi, il fallait passer à un processus plus puissant, c’est ce qui a été mis en place.

Quelle suite envisagez-vous pour le mouvement?
Attendons le rapport de Stanislas Martin, nous saurons alors de quelles pistes nous disposons pour les prix. Mais la baisse des prix n’est qu’un préalable avant de se pencher sur le travail de fond. Il faut créer de l’activité économique à Mayotte pour créer de l’emploi et du revenu. Des outils vont se développer en ce sens dans le cadre de la départementalisation.

Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent d’avoir fait usage de la force?
J’ai un boulot: garantir les libertés fondamentales. Le droit de grève et de manifester, mais pour une grève il faut un préavis, et pour une manifestation une déclaration. Je n’ai cependant pas été pointilleux à ce point. Je n’ai jamais interdit une manifestation parce que le tracé n’avait pas été déclaré. Mais il y a aussi la liberté de circuler, de commercer librement. Et quand il y a un risque pour l’ordre public ou la sécurité des biens ou des personnes, je bloque l’accès à une artère ou une zone commerciale.

On vous dit sur le départ, vous confirmez?
Une seule personne peut répondre à cette question, celle qui a le pouvoir de nomination et de mutation sur les préfets: le président de la République. Mais il ne s’agit pas d’un problème de personne, et je suis à 100% dans mon poste et ma fonction, et je rends compte de mon action au gouvernement.