Mayotte: «Pour la première fois, la sécurité sanitaire n'est plus assurée»

OUTRE -MER Des barrages ont été montés sur toute l'île, et une ambulance a été caillassée...

Julien Ménielle

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L'hôpital de Mamoudzou, préfecture de Mayotte, le 26 octobre 2011.
L'hôpital de Mamoudzou, préfecture de Mayotte, le 26 octobre 2011. — Julien Ménielle/20minutes.fr

De notre envoyé spécial à Mayotte,

Regain de tension à Mayotte. Alors que la mobilisation semblait faiblir au 29e jour du conflit que connaît le département d’outre-mer, un pas a été franchi dans la nuit de mardi à ce mercredi. Les syndicats peinent à retenir leur base qui s'impatiente après les débuts ratés des négociations. Et alors qu’une quinzaine de barrages a été mise en place sur l’île, une ambulance a été caillassée en tentant de rejoindre Mamoudzou avec à son bord une femme sur le point d’accoucher, en attente d’une césarienne.

Les ambulances ne circulent plus

«Pour la première fois depuis le début du conflit, la sécurité sanitaire n’est plus assurée», indique Alain Daniel, directeur de l’hôpital de Mamoudzou en charge de l’organisation du système de soins dans l’île. La femme enceinte, en provenance du centre, a finalement pu rejoindre l'hôpital, mais l’ambulancier a légèrement été touché par la pierre qui a traversé son pare-brise.

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«Jusqu’ici, malgré les barrages, les ambulances, souvent conduites par du personnel local, arrivaient à passer sans problème», se désole Alain Daniel. Mais après cet incident inédit, le directeur a décidé de ne pas faire circuler les véhicules en cas de barrages. Les ambulances resteront donc au garage si la voie n’est pas libre ou attendront une escorte policière.

«Au début, le mouvement avait la sympathie de tout le monde»

Côté intendance, la situation est également tendue. «J’ai du linge et à manger jusqu’à ce soir», prévient Alain Daniel. «Le personnel est épuisé», regrette encore le directeur, qui indique avoir mis en place une cellule d’urgence médico-psychologique pour soutenir ses quelque 2.300 employés. «Au début, le mouvement avait la sympathie de tout le monde», note-t-il. Y compris de l’hôpital, qui subit aussi de plein fouet les problèmes liés à la vie chère, tant pour les denrées alimentaires que pour les problématiques liées au bâtiment.

L’hôpital, dont une majorité du personnel vient de la métropole, a même 5 à 10% de grévistes, selon son directeur. Mais, déjà très touchés par la situation et craignant un envenimement du conflit, certains soignants songeraient à quitter l’île. «Je m’attends à une vague de départ», s’inquiète Alain Daniel. D’autant que le conflit pourrait durer, puisque la contre-expertise sur la mort du manifestant Ali El Anziz n’aura pas lieu avant dimanche.