Nicole Catheline, pédopsychiatre: «Le harcèlement au collège est lié à la pression scolaire»

INTERVIEW La pédopsychiatre revient sur l'étude présentée mardi qui montre qu'un collégien français sur dix se dit victime de harcèlement...

Propos recueillis par Nicolas Bégasse

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Des élèves écoutent leur nouveau professeur, le 4 septembre 2007 dans un collège de Lyon, jour de la rentrée scolaire.
Des élèves écoutent leur nouveau professeur, le 4 septembre 2007 dans un collège de Lyon, jour de la rentrée scolaire. — AFP PHOTO JEFF PACHOUD

Nicole Catheline est pédopsychiatre, auteur de «Les années-collège» et «Harcèlements à l’école», chez Albin Michel. Contactée par 20Minutes, elle analyse les résultats de l’étude gouvernementale sur la violence au collège rendus publique ce mardi.

Cette étude est-elle utile?
Oui, elle était même nécessaire. Tout simplement parce que la France était le seul pays sans étude sérieuse sur le sujet.

Les résultats de l’étude (93% de collégiens qui se sentent bien, 10% qui se disent harcelés) sont-ils bons?
Les résultats, que je ne connais que partiellement, sont conformes à ce qu’on voit à la clinique en tant que pédopsychiatre. C’est aussi ce qu’on retrouve dans tous les chiffres des pays de l’OCDE: ça n’est pas spécifique à la France. Dès lors que l’on parle de scolarité obligatoire, on retrouve ces taux-là dans tous les pays, pour les élèves jusqu’à 16 ans. Ils sont directement liés à la pression scolaire.

Y a-t-il eu une augmentation de cette pression?
Oui, la pression scolaire s’est accrue depuis le milieu des années 2000, dès 2002 ou 2003.

A quoi est due cette augmentation?
C’est multifactoriel. On a des sociétés avec moins de travail, plus de personnes sur la planète, où les diplômes sont devenus une valeur refuge. Les parents pensent que les diplômes peuvent préserver leurs enfants du chômage.

L’étude parle d’un effet «souffre-douleur», le fait que les collégiens qui subissent les violences les plus graves ont déjà été victimes de faits plus communs. Est-ce une réalité?
Oui, car ces violences mineures fragilisent l’individu quand il rentre en contact avec d’autres collégiens. Il développe une attitude craintive, repérée par les autres adolescents.

Comment améliorer les chiffres présentés par l’étude?
Il faut que les adultes jettent un œil sur l’école, veillent à ce que les enfants y vivent bien. Moins se précipiter sur les résultats scolaires et s’occuper du vivre ensemble dans les établissements. Car les enfants ne vont pas à l’école ou au collège uniquement pour apprendre, ils y vont aussi pour vivre.