Manifestations contre la vie chère: Un médiateur ne suffit pas à calmer Mayotte

OUTRE-MER Après presque un mois de conflit social sur l'île et département français, l'arrivée de Stanislas Martin, nommé par la ministre, n'a pas convaincu les manifestants...

Julien Ménielle, à Mayotte
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L'intersyndicale de Mayotte lit sa lettre ouverte à Stanislas Martin, médiateur du ministère, au milieu des manifestants, le 24 octobre 2011 à Mamoudzou (Mayotte).
L'intersyndicale de Mayotte lit sa lettre ouverte à Stanislas Martin, médiateur du ministère, au milieu des manifestants, le 24 octobre 2011 à Mamoudzou (Mayotte). — J.MENIELLE / 20 MINUTES

De notre envoyé spécial à Mayotte

«On a commencé à avancer.» En sortant de la réunion de l’Observatoire des prix, ce lundi à Mamoudzou, préfecture de Mayotte, Stanislas Martin veut y croire. Nommé deux jours plus tôt par la ministre de l’Outre-Mer Marie-Luce Penchard, le médiateur a pour mission de mettre fin à près d’un mois de conflit qui secoue violemment le département. Pourtant, quelques minutes plus tôt, l’intersyndicale et plusieurs associations ont quitté la table.

«Une qualité qu’on donne aux chiens en métropole»

La grogne, à l’instar de celle qui a agité la Guadeloupe et la Martinique début 2009, porte sur la «vie chère». Le prix des produits dits de première nécessité, comme le gaz ou les denrées alimentaires. Un accord, signé lundi dernier par le seul syndicat FO, et promettant une promotion temporaire sur quelques produits comme les ailes de poulet, le riz ou l’huile, n’a fait que renforcer la détermination des non-signataires.

«On nous prend pour des cons», s’étrangle Ibrahim, casquette Cfdt sur la tête. En descendant du podium installé place de la République, où il vient d’annoncer à la foule que «le médiateur est venu recueillir des informations mais pas faire de propositions», il détaille les prix des produits visés par l’accord, ticket de caisse en main. Le compte n’y est pas. « Ils ont même augmenté le prix des pièces moins chères, crie une femme, une qualité qu’on donne aux chiens en métropole».

Percussions improvisées

Pourtant «l’accord est respecté», assure le préfet Thomas Degos au sortir de la réunion de l’Observatoire des prix à laquelle il n’a pris part qu’au tout début, étant persona non grata pour avoir choisi la manière forte face aux manifestants. Et plus encore depuis la mort d’un d’entre eux, mercredi, même si pour l’heure l’autopsie n’a pas démontré la responsabilité policière, pointant les secours et d’éventuelles mauvaises manœuvres de réanimation. Le préfet appelle chacun à «prendre ses responsabilités», avant de s’engouffrer dans sa voiture.

Quelques dizaines de minutes plus tard, les manifestants qui ont vidés la place de la République sont devant la direction des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi, attendant la sortie du médiateur. Les chants des femmes, qui réclament son départ comme celui du préfet et du commissaire de police, sont rythmés du son de percussions improvisées sur un vieux frigo ou une poubelle. L’ambiance est pacifiste, les policiers semblent peu inquiets.

«Je n’ai toujours pas trouvé de gaz»

Quand Stanislas Martin sort du bâtiment, qui a tiré le rideau de fer, il est cependant pris à parti par quelques femmes. «On n’a pas besoin de vos cravates, on veut des solutions», crie un homme dans la foule. Juché sur les percussions de fortune des manifestants, le médiateur écoute la lettre ouverte de l’intersyndicale et des associations. L’homme n’est pas venu négocier les prix, il n’est pas le bienvenu. Mais les signataires acceptent de le rencontrer rapidement pour lui exposer leurs demandes.

Les manifestants ont donc reconduit leur mouvement. En attendant, depuis samedi, le préfet a fait rouvrir certains commerces. D’autres ont rouvert spontanément ce lundi, «avant de refermer en voyant passer les manifestants», raconte un commerçant installé sur l’île depuis 15 ans. «Et je n’ai toujours pas trouvé de gaz», se lamente Alexandre, enseignant à Mayotte. Mais pas de nouvelles violences, ni de magasin brûlé depuis la mort d’Ali El Anziz. Certains, pourtant, craignent que son enterrement, prévu dans la semaine, ne ravive les flammes de la colère.