Affaire du Carlton de Lille: Le point sur l'enquête

JUSTICE Une demi-douzaine de personnes ont déjà été mises en examen pour proxénétisme aggravé en bande organisée...

Corentin Chauvel avec Reuters

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L'hôtel Carlton de Lille menacé de fermeture judiciairedans le cadre de l'enquête sur des faits de proxénétisme agravés.
L'hôtel Carlton de Lille menacé de fermeture judiciairedans le cadre de l'enquête sur des faits de proxénétisme agravés. — MIKAEL LIBERT / 20 MINUTES

L’affaire du Carlton de Lille a pris de l’ampleur la semaine dernière avec la mise en examen vendredi du commissaire divisionnaire Jean-Christophe Lagarde, chef de la sûreté départementale du Nord. L’affaire du proxénétisme touche désormais les sphères hôtelière, politique et policière. 20 Minutes fait le point sur l’enquête.

Comment a commencé l’affaire?
Au départ, c’est une histoire belge. Plusieurs personnes, gérants de bars de nuit et de salons de massage belges, sont interpellées pour avoir organisé un réseau de prostitution employant de jeunes adultes et quelques mineures. Les enquêteurs belges ont ensuite passé le relais à leurs homologues de Lille car les prostituées ont expliqué franchir régulièrement la frontière pour aller dans le Carlton de la ville et deux autres hôtels locaux.

Qui est mis en cause?
Ils sont de plus en plus nombreux. Outre ceux mis en cause en Belgique dont Dominique Alderweireld alias «Dodo la Saumure», tenancier belge de plusieurs maisons closes qui fournissait les prostituées belges, on retrouve le propriétaire de l’hôtel Carlton, Hervé Franchois, le directeur de l’établissement Francis Henrion, et son chargé des relations publiques René Kojfer ainsi que David Roquet, le directeur d'une filiale du groupe Eiffage, Virginie Dufour, gérante d’une société d’«organisation événementielle» du Nord, et Fabrice Paszkowski, son ancien compagnon et homme d’affaires. D’autres personnalités dont l’avocat lillois Emmanuel Riglaire et le commissaire divisionnaire Jean-Christophe Lagarde, chef de la sûreté départementale du Nord, auraient, elles, servies d’intermédiaires.

De quoi sont accusés les mis en examen?
Ils ont tous été mis en examen et certains écroués pour proxénétisme aggravé en bande organisée et association de malfaiteurs sauf le commissaire Lagarde dont la deuxième mention est «recel d’abus de biens sociaux» et Virginie Dufour qui se voit ajouter l’escroquerie comme chef d’accusation. Les protagonistes du dossier sont soupçonnés d’avoir organisé un réseau afin de fournir aux clients de l’hôtel Carlton, notamment des chefs d’entreprise et des personnalités, des prostituées belges. Cependant, l’affaire va au-delà de Lille puisque Virginie Dufour et Fabrice Paszkowski sont eux soupçonnés d'avoir organisé et financé, via leur société, des voyages de prostituées à Paris et à New York entre décembre 2010 et mai 2011. Jean-Christophe Lagarde apparaît lui aussi dans ce volet-là de l’affaire.

Pourquoi DSK a-t-il été cité?
C’est une prostituée qui l’a d’abord cité avant que René Kojfer et David Roquet n’affirment que le commissaire Lagarde organisait des soirées avec des prostituées, notamment pour des hommes politiques dont Dominique Strauss-Kahn. Selon David Roquet, Jean-Christophe Lagarde aurait participé à Paris à des parties fines en compagnie de DSK et d'autres personnes, organisées par Virginie Dufour et Fabrice Paszkowski, par ailleurs proche de l’ancien patron du FMI. Le commissaire aurait aussi participé à trois voyages à New York, dont un la veille de l'interpellation de Dominique Strauss-Kahn. Ce dernier a demandé à être entendu pour «mettre un terme aux insinuations et extrapolations hasardeuses et malveillantes». Si en tant que client de prostitué, il ne risque rien, l’ancien patron du FMI pourrait être, comme le commissaire Lagarde, sous la menace de poursuites pour recel d’abus de biens sociaux, selon le Journal du Dimanche.

D’autres personnalités de haut rang peuvent-elles être impliquées?
Le carnet d’adresses de René Kojfer intéresse particulièrement les enquêteurs. Dans leur viseur, Frédéric Veaux, numéro deux de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), selon Le Point. René Kojfer, qui aurait été «introduit» dans l’hôtellerie de luxe de Lille grâce à ses relations policières, aurait consulté Frédéric Veaux au moment de l’affaire DSK pour obtenir des conseils, notamment sur la possibilité de vendre des informations à Kenneth Thompson, l’avocat de Nafissatou Diallo, sur le comportement sexuel de l’ancien patron du FMI. Christian Sainte, sous-directeur à la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), aurait également eu affaire avec René Kojfer et Jean-Claude Menault, directeur départemental de la sécurité publique du Nord, aurait lui participé à l’un des voyages à New York.