Crise à Mayotte: Violence et pillages après la mort d'un manifestant

SOCIAL L'île est dans une grave crise sociale depuis 23 jours...

© 2011 AFP
— 
Un gendarme en mission de maintien de l'ordre le 10 octobre 2011 dans le chef-lieu de l'île Mamoudzou.
Un gendarme en mission de maintien de l'ordre le 10 octobre 2011 dans le chef-lieu de l'île Mamoudzou. — R. BOUHET / AFP

Un manifestant est mort mercredi à Mayotte, paralysée depuis trois semaines par une crise sociale, provoquant de nouveaux affrontements avec les forces de l'ordre et des pillages à Mamoudzou, préfecture de cette île de l'Océan indien. Selon le préfet de Mayotte, qui relayait des informations fournies par les médecins du centre hospitalier de Mamoudzou, le manifestant a vraisemblablement succombé à une crise cardiaque. Il s'agit d'un homme de 39 ans, Ali El Anziz, originaire de la commune de M'Tsapéré (Est).

«Des policiers de la PAF (police aux frontières) se trouvaient sur la place principale de Mamoudzou lorsqu'ils ont été la cible de jets de galets», a rapporté le préfet de Mayotte, Thomas Degos. «Ils ont répliqué en utilisant des grenades lacrymogènes et un flashball. Lors de ces échauffourées, un manifestant s'est écroulé au sol, sans connaissance. Lorsque les secours sont intervenus, ils ont tenté de le ranimer, en lui prodiguant des massages cardiaques».

«Aucune trace d'impact sur son corps»

Le préfet de Mayotte a indiqué que le décès d'Ali El Anziz a été constaté après son admission au centre hospitalier de Mamoudzou. «Les médecins qui l'ont examiné n'ont constaté aucune trace d'impact sur son corps» et ont privilégié l'hypothèse d'une crise cardiaque, a ajouté le préfet Degos. Le procureur de la République de Mayotte, Philippe Faisandier, a ordonné une enquête afin d'établir les circonstances et les causes de cette mort. Il a demandé une autopsie qui doit être pratiquée jeudi.

Un autre manifestant, blessé, sur la même place, par un tir de flashball, a été blessé au thorax mais ses jours ne sont pas en danger. Avant même que ne soit officialisé le décès d'Ali El Anziz, plusieurs centaines de manifestants, convaincus qu'il avait été victime de violences policières, sont descendus dans les rues de Mamoudzou et d'autres localités de l'île, tant en Petite-Terre qu'en Grande-Terre.

Un supermarché du centre-ville de Mamoudzou a été pillé par un groupe de jeunes, ainsi qu'un entrepôt en zone industrielle et un autre magasin d'alimentation à Combani, dans le centre de l'île. Les gendarmes mobiles - ils sont environ 400 actuellement stationnés à Mayotte- sont intervenus à plusieurs reprises et ont essuyé des jets de galets, auxquels ils ont répliqué par des tirs de gaz lacrymogènes.

Un policier mis en examen

Le 7 octobre, un enfant de 9 ans avait perdu un oeil, toujours par un projectile de flashball. Le gendarme à l'origine du tir a été mis en examen. L'enfant a quitté mercredi le centre hospitalier de Saint-Pierre, à La Réunion, où il avait été transféré depuis Mayotte. 

Cela fait maintenant vingt-trois jours que Mayotte est en proie à des troubles sociaux, depuis le lancement d'un mouvement contre la vie chère. Les nombreuses réunions de négociations entre les syndicats et consommateurs, d'une part, et le patronat et la grande distribution, d'autre part, ont abouti à des baisses sur les prix des produits de première nécessité. Lundi dernier, le syndicat FO, membre de l'intersyndicale, a signé seul un premier accord sur la baisse de neuf produits. Cette signature séparée a été fustigée par les autres organisations, CGT Mayotte, CFDT et CFE-CGE, ainsi que par les manifestants qui entendent poursuivre le mouvement.

Mercredi, la ministre de l'Outre-mer Marie-Luce Penchard, a lancé un appel au calme, en direction de la population mahoraise. Elle a également annulé la visite qu'elle devait effectuer, jeudi et vendredi, à La Réunion, l'autre département français de l'océan Indien.