Liliane Bettencourt va être placée sous tutelle

JUSTICE Ses avocats ont indiqué qu'ils pourraient faire appel de la mise sous tutelle de leur cliente, qui n'est pas suspendue...

B.D. avec Reuters

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Lilliane Bettencourt chez elle à Neuilly, le 11 juin 2011.
Lilliane Bettencourt chez elle à Neuilly, le 11 juin 2011. — DESSONS/JDD/SIPA

Une juge de Courbevoie (Hauts-de-Seine) a ordonné ce lundi matin le placement sous tutelle de l'héritière de L'Oréal Liliane Bettencourt, à la demande de sa fille, Françoise Meyers, sur le fondement d'une expertise qui conclut à un état de démence. De leur côté, les avocats de Liliane Bettencourt ont indiqué avoir fait appel de la mise sous tutelle de leur cliente, qui n'est pas suspendue.

Cette décision signifie que les biens et revenus de la milliardaire de 88 ans, notamment les 30% de parts qui lui donnent les droits de vote au conseil d'administration de L'Oréal, seront désormais gérés par sa fille et ses enfants. Les questions relatives à la personne physique et à la santé de la vieille dame ont par ailleurs été placées sous l'autorité de l'un de ses petits-fils, Jean-Victor Meyers.

Un éventuel appel

Jean-René Farthouat, avocat de Liliane Bettencourt, a annoncé qu'il envisageait de demander la suspension de cette décision au tribunal de grande instance de Nanterre. On ignore dans quel délai sa demande peut être examinée. «C'est une décision profondément décevante que je vais avoir du mal à annoncer à Mme Bettencourt», a-t-il dit aux journalistes. «C'est une décision qui m'apparaît tout à fait criticable. Je vais donc demander ses instructions à Mme Bettencourt au regard d'un éventuel appel.»

La tutelle risque de jouer sur la gouvernance de L'Oréal, Françoise Meyers, qui détient 30% de parts de L'Oréal en nue-propriété, étant susceptible de reprendre les droits de vote. Liliane Bettencourt perd aussi le contrôle des revenus de ses titres - plusieurs centaines de millions d'euros par an - et de divers éléments du patrimoine, l'essentiel étant logé dans Téthys, holding chargée de gérer la fortune, dirigée par Jean-Pierre Meyers, le mari de Françoise Meyers.

Depuis 2010, une enquête pénale s'est développée sur une présumée fraude fiscale, un possible financement illicite de l'UMP et de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, et depuis fin septembre, un éventuel abus de faiblesse. Les juges d'instruction et le parquet de Bordeaux tiennent d'ores et déjà pour acquis l'état de vulnérabilité psychologique de l'héritière de L'Oréal, atteinte d'une maladie neurologique qui affecterait sa mémoire, son raisonnement et favoriserait des décisions sous influence.

Alzheimer et anosognosie

Après plusieurs refus de l'octogénaire, les juges de Bordeaux ont fait procéder à un examen médical contraint lors d'une visite-surprise chez l'intéressée début juin, une méthode considérée comme irrégulière par ses avocats. Selon le rapport médical cité ce lundi par Le Monde, Liliane Bettencourt s'est montrée «incapable de répondre aux différentes questions des tests» et souffrirait d'«une anosognosie» (la méconnaissance de sa maladie). Françoise Meyers s'appuyait sur cette expertise et deux auditions devant la juge des tutelles.

L'audience devant la juge des tutelles le 4 octobre s'était déroulée dans un climat très tendu, Liliane Bettencourt promettant dans la presse à sa fille une «guerre nucléaire» et déclarant sur M6: «On ne peut pas mettre sous tutelle des gens qui veulent faire. Si on me met sous tutelle, je beuglerai.» Dans Le Journal du dimanchhe, elle annonçait qu'elle partirait à l'étranger si sa fille l'emportait. Mis en cause par Françoise Meyers, l'avocat Pascal Wilhelm a vu son mandat de protection future de Liliane Bettencourt révoqué par la juge des tutelles.

Françoise Meyers soupçonne Me Wilhem d'avoir poussé sa mère à investir 143 millions d'euros dans la société de jeux en ligne de l'homme d'affaires Stéphane Courbit, dont l'avocat serait proche. L'annulation de cet investissement a été annoncé mais le litige persiste. La tutelle, enfin, apporte de l'eau au moulin de ceux qui soutiennent que la fortune Bettencourt a fait l'objet de divers abus à des fins privées et politiques.

L'information judiciaire conduite à Bordeaux tente de déterminer si les allégations de financement politique illégal et de versements d'espèces par les Bettencourt à des personnalités, dont Nicolas Sarkozy, sont ou non exactes. Les avocats de Liliane Bettencourt espèrent cependant encore en détruire le fondement, les enregistrements clandestins réalisés par un majordome, dont l'annulation a été demandée à la Cour de cassation.