Sécurité routière: «Il y a eu des pressions sur le rapporteur de la mission de la part du ministre de l'Intérieur»

INTERVIEW Armand Jung, président de la mission parlementaire chargée de remettre un rapport sur ce sujet, explique à 20Minutes que les mesures dévoilées jeudi par Philippe Houillon ne font pas état de la réalité des travaux de la mission...

Propos recueillis par Nicolas Bégasse

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Armand Jung, député socialiste de 
la première circonscription de Strasbourg.
Armand Jung, député socialiste de la première circonscription de Strasbourg. — G . VARELA / 20 MINUTES

Fausse alerte sur la sécurité routière. Jeudi matin, le député (UMP) du Val-d’Oise Philippe Houillon dévoilait en avant-première les mesures prévues par la mission parlementaire dont il est le rapporteur. Mais dans l’après-midi, le président de cette mission et député (PS) du Bas-Rhin, Armand Jung, réfutait dans un communiqué les révélations de son rapporteur. Contacté par 20Minutes, il revient sur ces mesures dévoilées «prématurément».

Vous avez parlé d’«étonnement» à propos des mesures évoquées jeudi par le rapporteur de la mission…
Oui, et j’ai reproché amicalement à M. Houillon sa précipitation. Je ne sais pas d’où elle vient. Il n’y a pas eu de validation, et je ne veux pas que certaines mesures servent de test sur l’opinion. Dans ce domaine, les messages que nous envoyons doivent être transparents et cohérents. C’est un sujet trop sérieux car on parle de vie ou de mort par dizaines. En matière de sécurité routière, si le message est brouillé, ça se paie cash sur la route.

Vous avez aussi parlé de «pressions» sur Philippe Houillon?
C’est la conclusion que j’en ai tirée, il y a eu des pressions sur le rapporteur de la mission de la part du ministre de l’Intérieur.

A quel point les mesures évoquées jeudi seront différentes de celles prévues par la mission parlementaire?
Plusieurs thèmes posent problème. Il est hors de question par exemple de se montrer indulgent avec les petits excès de vitesse, qui font augmenter l’accidentologie.

La Fédération des motards en colère, la Ligue contre la violence routière, se sont montrées déçues par les mesures annoncées…
Je comprends qu’ils aient été déçus! Il faut rétablir la confiance avec les Motards en colère, qui sont une association sérieuse, avec les associations de lutte contre la violence routière…

Des mesures, comme la suppression du kit mains-libres, ont-elles déjà été prises par la mission que vous présidez?

Pour l’instant, rien n’est décidé. Mais oui, il faut supprimer le kit mains-libres, tous les spécialistes nous disent que c’est une catastrophe.

Quels sont les objectifs du rapport que rendra la mission?

Je veux que ce rapport soit le document de référence, quel que soit le prochain gouvernement en place. Tout le monde sait que l’objectif des 3.000 morts avant la fin du quinquennat fixé par M. Sarkozy ne sera pas atteint. Avec ce rapport, mon objectif est de passer sous la barre des 2.000 morts avant la fin de la décennie, et même bien avant.

Quel est le calendrier des travaux de la commission d’ici à la remise du rapport?
La mission arrive dans la phase finale de ses travaux. Ses 32 membres se réuniront mardi, mercredi Claude Guéant sera auditionné, et Michel Rocard, à l’origine du permis à point, le sera le 18. Le 19 octobre l’examen final du rapport aura lieu.