Babu: Un hommage poignant dans le métro

DRAME Pour saluer la mémoire de Rajinder Singh, une trentaine d'anonymes - et deux ministres - se sont retrouvés à la station Crimée, à Paris, mercredi midi...

Nicolas Bégasse
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Dépôt de gerbe station Crimée en mémoire de "Babu", le 5 octobre 2011.
Dépôt de gerbe station Crimée en mémoire de "Babu", le 5 octobre 2011. — © V. WARTNER / 20 MINUTES

Ligne 7, direction La Courneuve, station Crimée à Paris. Un colleur d’affiches publicitaires travaille sur son échelle, les usagers du métro vont et viennent. Au bout de ce quai où un jeune homme a trouvé la mort jeudi dernier après avoir secouru une femme agressée, un groupe d’anonymes est réuni. Ils sont venus saluer la mémoire de Rajinder Singh, dit «Babu», à l’invitation de l’association SOS-Usagers. «Je suis venue saluer son altruisme et sa solidarité, explique Evelyne, 52 ans. Aujourd’hui on ne se regarde plus, on ne fait plus attention aux autres. Lui, il a fait attention. C’est affreux, c’est très triste.»

«On voulait que personne n’oublie»

Il est midi à la station Crimée. Dans le groupe endeuillé, on s’agite. Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, et Thierry Mariani, ministre des Transports, viennent d'arriver pour rendre eux aussi un hommage. Au même moment, Jean-Claude Delarue, président de SOS-Usagers à l’origine de ce rassemblement, dépose une gerbe de fleurs en la mémoire de Babu. Puis avance vers le quai, distribuant solennellement une fleur à chaque anonyme ayant répondu à son appel. «Je ne m’attendais pas du tout à voir autant de monde, confie-t-il. Pour nous, il s’agissait d’un hommage simple, avec quelques fleurs. Je suis merveilleusement surpris, c’est important pour sa famille. On voulait que personne n’oublie.»

Parmi les anonymes venus se recueillir, l’émotion est palpable. Certains ont les larmes aux yeux. D’autres, comme Frédéric, s’indignent contre «cette société française qui pointe du doigt les étrangers». «Pour une fois que quelqu’un faisait quelque chose!» s’attriste Jo, dans un sanglot.

«Dans notre religion, il est très important de faire preuve de courage et de défendre les plus faibles», témoigne Dhramdia, barbe et turban sikhs, qui s’est absenté de son travail pour rendre hommage à Babu. «La présence de tous ces gens me touche beaucoup, poursuit-il. Je ne pensais pas voir autant de personnes.»

Mobilisation en ligne

Mardi, le Parisien révélait l’identité de la victime de ce drame: Rajinder Singh, 33 ans. L’histoire de cet homme travaillant dur pour aider sa famille restée en Inde, installé en couple dans la région parisienne, avait immédiatement ému beaucoup de lecteurs, inquiets des frais de rapatriement que tentait de réunir sa famille. «Pourriez-vous me dire si vous avez des informations pour aider le rapatriement de Babu?» demandait Johanna, une lectrice, à la rédaction de 20 Minutes. «J’aimerais aider sa famille et sa compagne», écrivait Phillipe. Un autre lecteur ajoutait: «Pouvez-vous m'indiquer une personne ou une adresse pour envoyer une contribution aux obsèques de Rajinder? Par avance merci.»

Les formalités de transports seront finalement prises en charge par la RATP. Quant à l’agresseur présumé de Babu, il a été interpellé hier soir. En milieu de journée, il était toujours interrogé par les enquêteurs.