Alimentaire: «Depuis 2007, les prix connaissent une volatilité accrue»

INTERVIEW Café, confiture, farine, fromage à tartiner, ne cessent d'augmenter. Explications avec Marie-Jeanne Husset, directrice de la rédaction de «60 millions de consommateurs»...

Propos recueillis par Romain Gouloumès
— 
Un caddie de supermarché, à Lyon, en 2009
Un caddie de supermarché, à Lyon, en 2009 — AFP PHOTO JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

A intervalle régulier, le magazine «60 millions de consommateurs» enquête sur le pouvoir d'achat des Français, et scrute avec attention le prix de leurs caddies à la fin de leurs courses hebdomadaires. Les chiffres des derniers numéros ne s'annoncent pas positifs. Et en particulier, ceux des produits alimentaires. 

On ne parle plus de l’augmentation du prix des matières premières agricoles. Faut-il en déduire que les prix en grande surface vont évoluer?

On en parle moins, sans doute en raison de l’actualité du moment, mais 2011 a vu le retour du spectre de l’augmentation du prix des matières premières. On assiste à une redite du scénario de l’été 2007. Les céréales et le lait avaient fortement augmentés, et les industriels annonçaient des répercussions sur les prix en rayon. Nous avions observé et dénoncé des abus dans notre numéro de mars 2008.

Qu’en est-il pour cette année?

Nous avons constitué un panier de produits stars, avec les marques les plus vendues dans les grandes surfaces. Entre novembre 2010 et avril 2011, des augmentations jusqu’à 20% ont été constatées. La hausse était supérieure à 3% sur 43 des 92 produits qui composaient le panier. Dans notre numéro d’octobre, dont l’étude porte de février à aout 2011, la tendance haussière se maintient dans les mêmes proportions. 

Ces augmentations sont-elles justifiées?

C’est toujours la même question. Les grands acteurs que sont les industriels et les distributeurs se renvoient la balle. Mais des augmentations de cette ampleur ne peuvent pas être justifiées. On n’a aucune idée de l’impact du prix de la matière première sur celui du produit fini. L’expérience de 2008 nous a appris une chose: même sur des produits simples, tels que le lait ou les pâtes, les répercussions en caisse étaient excessives. L’instabilité du prix des matières première peut tout à fait servir de prétexte. A l’inverse, quand le cours baisse, le prix du produit en rayon ne suit pas, ou pas dans les mêmes proportions. Les foyers modestes sont les plus affectés par ces variations. L’alimentaire représente plus de 20% de leur budget contre 14% en moyenne dans les ménages français.

Sait-on pourquoi les prix on tellement fluctué dans l’alimentaire ces dernières années?

L’augmentation du des matières premières en 2007 et 2008 a révélé la spéculation sur le marché. Pour le secteur des matières agricoles, c’était un phénomène relativement nouveau et méconnu. Les prix connaissent depuis une volatilité accrue.

Quels produits voient leur prix évoluer de manière positive ou négative?

Sur notre panier, la hausse est la plus sensible sur les références que l’on va retrouver au petit déjeuner: café, confiture, farine, fromage à tartiner. Ainsi que sur les desserts et la charcuterie. Le shampoing, les produits nettoyant pour la vaisselle, et le dentifrice, suivent la tendance inverse.

Au consommateur, quel comportement conseillez-vous d’adopter?

Plus que jamais, il faut comparer les prix entre les enseignes, et entre les marques. Sans oublier les marques de distributeur. Nos tests réguliers révèlent que les produits de marque distributeur sont d’aussi bonne qualité voire meilleurs que ceux des grandes marques. Le consommateur doit aussi toujours se référer au prix au litre ou au kilo. Le vrai prix de ce que l’on achète est affiché là. Il faut se méfier des changements de contenance.