Sylvia Jeanjacquot : « C'était un homme charmant dans l'intimité »

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La première fois que Sylvie Jeanjacquot (en haut) a rencontré Jacques Mesrine (en bas), l'ennemi public numéro un  était déguisé en ouvrier.
La première fois que Sylvie Jeanjacquot (en haut) a rencontré Jacques Mesrine (en bas), l'ennemi public numéro un était déguisé en ouvrier. — F. DEMANGEHOUPLINE / SIPA

Comment avez-vous accueilli

le film Mesrine, dans lequel

Ludivine Sagnier joue votre rôle ?
Je ne voulais pas le voir, mais j'y ai bien été obligée. J'ai été scandalisée par l'image que ce film montre de nous. Si j'ai fait ce livre, c'est pour dire une bonne fois pour toutes que Jacques n'était pas l'idiot ni la brute épaisse que l'on y décrit, que nous n'étions pas ce couple de paumés à la dérive. Certes, Jacques était un être très dangereux dehors, mais celui que j'ai connu dans l'intimité était un homme charmant.
Vous estimez-vous diffamée

par cette œuvre ?
Totalement. J'avais d'ailleurs attaqué la production sur ce motif. Le problème est que mon avocat était malade à l'époque et nous avons, hélas, perdu le procès.
Dans quelles circonstances avez-vous rencontré Jacques Mesrine ?
C'était au printemps 1978. Je tiens à dire que je travaillais alors comme barmaid dans un bar de Pigalle, mais que je n'étais pas prostituée. Dans le film, on me voit même tapiner ! J'étais consternée... Dans l'esprit des gens, bosser dans un bar à filles veut obligatoirement dire qu'on est prostituée. Cela me poursuit depuis toujours, alors que c'est faux. Un jour, Jacques est entré dans le bar et il m'a fait la cour. Il a su me séduire. Nous ne nous sommes quasiment plus quittés jusqu'à sa mort.
Il venait pourtant de s'évader

de la prison de la Santé...
La première fois que je l'ai vu, il était déguisé en ouvrier. Impossible de le reconnaître ! En fait, je ne m'intéressais pas à l'actualité à l'époque. Ce n'est que par la suite que j'ai appris qui il était, en lisant des articles sur lui. Mais j'étais déjà amoureuse et je l'aurais suivi au bout du monde... s'il n'avait pas été assassiné.
Est-il vrai qu'il voulait commettre

un attentat contre Le Parisien ?
Tout à fait. C'était peu avant sa mort. Ils avaient écrit qu'il était une « petite casserole ». Ce qui veut dire une balance ou un indic. C'est une grosse insulte pour un voyou. Jacques était très, très en colère. Un soir, nous sommes sortis pour aller balancer une grenade là-bas. Il allait vraiment le faire. En arrivant, je lui ai dit que c'était stupide, qu'il allait tuer un pauvre gardien de nuit et son chien. Alors, il s'est calmé et on est rentrés. Oui, il m'arrivait de le raisonner.
Vous racontez également l'enlèvement du milliardaire Henri Lelièvre,

dernier gros coup de Mesrine...
Contrairement à ce que j'avais dit à mon procès, oui, j'étais là pendant toute sa détention. Pourtant, aux assises, Lelièvre, qui est mort depuis longtemps, ne m'a pas dénoncée. Ce qui m'a évité de passer de longues années en prison. Je pense qu'il avait peur. Parce que Jacques l'avait prévenu que s'il me dénonçait moi, lui ou ses amis s'en prendraient à sa famille.
Comment avez-vous pu refaire

votre vie avec un tel passé ?
Après ma sortie de prison, j'ai vécu pendant trois ans avec un journaliste. Mais il avait un problème de jalousie, l'ombre de Jacques était trop lourde à porter pour lui. Cela a été moins compliqué avec mon actuel compagnon, qui partage ma vie depuis des années.
Pour la première fois, vous publiez

in extenso le testament vocal

que vous a laissé Mesrine...
Cette cassette, c'est la seule chose qui me reste de lui. Je l'ai toujours sur moi depuis cette époque. C'est ma propriété, mais certains s'en sont servis à des fins commerciales sans mon accord. Si je diffuse ce texte, c'est pour montrer quel genre d'homme il était vraiment. Parfois, je l'écoute et cela me procure toujours la même émotion. C'est vraiment lui, c'est sa voix qui me parle...recueilli par S. B. Agence Alert-Press pour 20 Minutes