Interdiction des prières de rues: comment les policiers s'y préparent

TÉMOIGNAGES Dès vendredi sera mise en vigueur la loi sur l'interdiction de prier dans la rue. Quels seront les moyens de contrôle de la police et comment comptent-ils appliquer cette mesure? Les policiers répondent à 20 Minutes...

Kenza Verrier

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Une famille de Clichy-sous-bois effectue la prière au premier jour du ramadan le 22 août 2009.
Une famille de Clichy-sous-bois effectue la prière au premier jour du ramadan le 22 août 2009. — DUPUY FLORENT/SIPA

Claude Guéant l'a affirmé, jeudi matin dans une interview au Figaro, l'interdiction des prières de rues sera appliquée dès ce vendredi à Paris. Grâce notamment à un accord passé entre la préfecture et deux mosquées du 18e arrondissement. Certes, mais sur le terrain les syndicats de policiers s'inquiètent.

Dans le quartier de la Goutte d'Or ce sont des milliers de fidèles qui se réunissent lors de l'office religieux du vendredi. Comment les forces de police comptent-elles appliquer cet accord?
 
Du côté de la Préfecture de Police de Paris, on estime que le dialogue avec les associations a porté ses fruits et qu’«il n’y a aucune raison que la mesure ne soit pas respectée», selon porte-parole.
 
De l’autre, les syndicats décrivent en chœur une situation «extrêmement délicate». Après l’interdiction du port de la burqa, mise en application en avril dernier, c’est un nouveau sujet sensible que s’apprêtent à traiter les équipes de police sur le terrain.
 

Privilégier le discernement et la médiation

«Nous n'avons aucune consigne pour l'instant sur les mesures à appliquer en cas de non-respect de cette loi, mais évidemment nous privilégierons le dialogue et la concertation», explique Nicolas Comte, secrétaire général Force ouvrière de l’unité SGP-Police.
 
Les équipes n’envisagent pas pour l’instant de procéder à des arrestations pour ce genre d'opérations sensibles. Si la loi sera toujours appliquée, elles adapteront toutefois leur action en fonction du moment et de la situation.
 
«Ce genre de questions est assez différent du cadre policier habituel, ce n'est pas forcément le genre de choses agréable à gérer. Notons surtout que cette question n'est pas prioritaire dans nos affaires courantes. Il y a des choses plus importantes en termes de sécurité», ajoute Nicolas Comte.
 

Des moyens d’application limités

Frédéric Lagache, secrétaire général adjoint du syndicat Alliance estime de son côté que, coûte que coûte, «il faudra faire respecter la loi». Face aux difficultés, il dénonce des mesures que ses collègues vont «devoir assumer une fois de plus».
 
Il se montre toutefois optimiste quant à l’éventuelle résistance des fidèles. «Je crois en l’intelligence des hommes. Les locaux mis à disposition pour faire office de mosquée permettront un déplacement facile d’un lieu à un autre. Seule une minorité de personnes n’acceptera pas, notre action va donc se focaliser sur eux.»
 
«Je crois surtout que si la situation n’est pas apaisée vendredi, elle le sera certainement dans le futur», conclut-il.