Affaire Clearstream: Villepin va savoir sauf coup de théâtre

JUSTICE Les avocats de Jean-Louis Gergorin souhaitent que le délibéré soit reporté en raison de l'affaire Bourgi...

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Dominique de Villepin lors de la convention nationale de son parti, République Solidaire, le 19 juin 2011, à Paris.
Dominique de Villepin lors de la convention nationale de son parti, République Solidaire, le 19 juin 2011, à Paris. — F.DUFOUR / AFP

Jour J pour Dominique de Villepin. Accusé depuis dimanche par un conseiller officieux de Nicolas Sarkozy d'avoir reçu des fonds occultes, il saura ce mercredi si la cour d'appel de Paris confirme sa relaxe dans l'affaire Clearstream.

L'ancien Premier ministre, qui espérait sortir mercredi la tête haute après sa relaxe en première instance pour se consacrer à sa candidature présidentielle, sait qu'il devra désormais quoi qu'il advienne se battre sur un nouveau front.

L'avocat Robert Bourgi, homme de l'ombre de la Françafrique et conseiller officieux du président de la République, l'accuse en effet d'avoir perçu avec Jacques Chirac des fonds occultes, évalués à 20 millions de dollars, de chefs d'Etat africains entre 1997 et 2005.

Coup de theâtre à prévoir?

«On voit ce lapin sortir du chapeau à un moment très particulier», pendant le procès de Jacques Chirac et avant la décision de la cour d'appel sur Clearstream, constate Dominique de Villepin. Il a annoncé son intention de porter plainte, qualifiant les accusations «d'indignes» et «mensongères».

Moins médiatisés que le fondateur de République solidaire, le mathématicien Imad Lahoud et l'ancien vice-président d'EADS Jean-Louis Gergorin, condamnés à respectivement 18 et 15 mois ferme ainsi qu'à 40.000 euros d'amende en première instance dans le dossier Clearstream, attendent aussi avec impatience la décision de la cour d'appel.

Ils ne sont toutefois pas à l'abri d'un coup de théâtre: mardi, un courrier adressé à la cour par les avocats de Jean-Louis Gergorin a encore un peu plus troublé le jeu. Les conseils relèvent que la publication de certaines informations, mettant en cause l'homme d'affaires Alexandre Djourhi, pourraient conduire la cour à reporter son délibéré prévu ce mercredi.

De nombreuses zones d'ombres

Le procès en appel, qui s'est déroulé du 2 au 26 mai, avait gagné en sérénité. Il faut dire que le désistement du chef de l'Etat Nicolas Sarkozy, partie civile au premier procès, et l'absence de son avocat, Me Thierry Herzog, avaient considérablement apaisé les débats. La vérité ne semble pas avoir profité du temps écoulé.

A l'issue du procès, de nombreuses zones d'ombre subsistaient: est-ce Imad Lahoud qui a falsifié les «listings» et manipulé Jean-Louis Gergorin, aveuglé par son obsession du complot? Ou est-ce l'ancien vice-président d'EADS qui a berné tout le monde et tyrannisé le pauvre mathématicien?

Quant à Dominique de Villepin, aurait-il pu stopper la calomnie qui a consisté à ajouter des noms, dont celui de Nicolas Sarkozy, sur des listings bancaires afin de les discréditer?

«Complicité par abstention»

Pour le parquet général, qui lui reproche «une complicité par abstention», la réponse est clairement oui. Toutefois, la condamnation de Dominique de Villepin est loin d'être acquise car la «complicité par abstention» n'est qu'un concept juridique que la cour d'appel a toute liberté d'ignorer. Pour ses avocats, il est impossible de condamner un homme pour n'avoir «pas fait» quelque chose.

Nicolas Sarkozy lui-même, a fait remarquer la défense, aurait pu freiner la machine, car il était le mieux placé pour savoir que les listings étaient faux, puisqu'il n'avait pas de compte occulte en Italie. Absent du banc des parties civiles, le chef de l'Etat fut omniprésent, Dominique de Villepin accusant régulièrement son rival d'être la seule cause de ses tourments judiciaires.

15 mois ferme requis contre Lahoud

Le parquet général a requis contre Imad Lahoud 15 mois ferme, soit plus que les 12 mois ferme demandés contre Jean-Louis Gergorin qui aurait pourtant été «le seul instigateur».

Dominique de Villepin n'a pas échappé à la vindicte du ministère public, qui a requis contre lui 15 mois avec sursis, soit un peu moins que les 18 mois avec sursis et 45.000 euros d'amende sollicités en première instance.