Koh Lanta: La téléréalité est misogyne. Et alors?

MEDIAS La nouvelle saison de Koh Lanta débute ce vendredi 9 septembre. Avec notamment Steve, «un grand macho, sans complexe». Un de plus...

Charlotte Pudlowski

— 

Koh Lanta saison 11
Koh Lanta saison 11 — A. Issock / ALP

«Etre battu par une femme c’est une humiliation. Les femmes sont plus faibles que les hommes sur beaucoup plus de critères qu’on veut bien l’avouer». Dites bonjour à Steve, 24 ans, originaire de la Marne. C’est lui qui, cette année, endosse le rôle du misogyne dans une émission de TF1, après Giuseppe l’an dernier, dans Qui Veut Epouser mon fils («Je ne suis pas pour l’égalité des sexes») ou Moundir («Tiens ta femme»), il y a quelques années. Steve est l’un des candidats de la nouvelle saison de Koh Lanta qui commence ce vendredi 9 septembre. Et la première chaîne annonce la couleur dans la présentation du candidat sur le site: «Steve est un grand macho, sans complexe. Orgueilleux et mauvais perdant, c'est un individualiste».

Politiquement incorrect

Ces personnages de machos fascinent le public. Moundir et Giuseppe en sont la preuve incontestable. Ils ont l’avantage de tenir un discours choquant, mais que TF1 peut laisser couler, car il n’est pas réprimé par la loi, à la différence des propos homophobes, racistes, antisémites…

«La téléréalité plaît uniquement parce qu’elle est politiquement incorrecte», analyse ainsi le sémiologue et spécialiste des médias François Jost. «Elle joue avec des aspects pulsionnels et parfois repoussants de nous-mêmes. «Dès le premier Loft Story, Aziz avait d’ailleurs été traité de sale arabe par une candidate. Mais le MRAP avait porté plainte contre M6».

Avec le discours misogyne, pas de risque. «Les lois contre le racisme datent de 1972, rappelle l’historienne et journaliste Natacha Henry, auteur du livre Les mecs lourds ou le paternalisme lubrique. Mais les tentatives de loi anti sexiste, qui ont commencé dans les années 80, ont toujours échoué. On dédramatise les injures faites aux femmes. Les gens nient la gravité du problème, mais à force, ils maintiennent un ordre établi».

Caricature

La gravité du problème? Mais quel problème? «Moi je suis très féministe», avance Angela Lorente, directrice de la téléréalité chez TF1, et à ce titre en charge de Koh Lanta, «mais ce que pense Steve, je n’y peux rien. Ce n’est pas du tout pareil de tenir des propos désagréables envers les femmes ou envers les Noirs, les homosexuels… C’est incomparable.» Même son de cloche chez le présentateur de Koh Lanta, Denis Brogniart. «Le discours de Steve ne me dérange pas, assure-t-il. C’est à mille lieux de ce que je pense. Mais c’est trop caricatural pour nuire à d’autres gens qu’à lui-même. Et ses propos n’engagent que lui.»

L’ennui, estiment Natacha Henry et François Jost, c’est que non, ses propos n’engagent pas que lui. «Les femmes n’en peuvent plus», juge Natasha Henry.  «Et allez enseigner l’égalité des sexes dans les écoles après, quand la téléréalité, avec les audiences qu’elle implique, montre des filles ridicules, et des types qui les méprisent».

Légitimation

«Je crois que la nouvelle tendance est de dire que leur public est intelligent et prend ça au deuxième degré», redoute François Jost. «J’ai toujours pensé que les téléspectateurs sont des gens intelligents» explique justement Angela Lorente. «Notre responsabilité, ce n’est pas de faire dire aux candidats ce qu’on a envie d’entendre ou ce que l’on pense, mais de les laisser libres dans leur propre discours».

«Mais tout le monde ne prend pas ces remarques au deuxième degré, prévient le sémiologue. Quelqu’un qui n’est pas misogyne ne le deviendra pas en regardant Koh Lanta, assure-t-il. Mais quelqu’un qui l’est verra sa vision du monde confortée, et l’assumera davantage.»