Tchernobyl: La procédure abandonnée ?

JUSTICE La cour d'appel de Paris va décider s'il faut poursuivre l'enquête sur les effets du nuage radioactif...

Vincent Vantighem

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Le 29 avril 1986, le Pr Pierre Pellerin (au c.) avait déclaré : « La santé n'est absolument pas menacée. »
Le 29 avril 1986, le Pr Pierre Pellerin (au c.) avait déclaré : « La santé n'est absolument pas menacée. » — HADJ / SIPA

Quand elle évoque la catastrophe de Tchernobyl, Chantal Garnier a la voix qui s'éraille. Ce n'est pas l'émotion. Mais les conséquences du cancer de la thyroïde qui la touche depuis les années 1990. Cette Franc-Comtoise de 58 ans fait partie des 656 malades qui ont déposé plainte pour dénoncer «le mensonge» des autorités françaises concernant le nuage radioactif de Tchernobyl qui a survolé le pays en 1986.

Vingt-cinq ans après, la procédure va peut-être partir en fumée ce mercredi matin. La cour d'appel de Paris doit rendre, à 9h, son arrêt dans cette affaire. Si elle prononce un non-lieu, l'instruction menée par le pôle santé publique de Paris sera enterrée.

Pierre Pellerin, mis en examen

Au centre de cette procédure, on trouve le Pr Pierre Pellerin. Mis en examen pour «blessures involontaires» et «tromperie aggravée», il est aujourd'hui décrit comme un homme «malade» et «âgé». En 1986, quand la centrale nucléaire ukrainienne a explosé, il était directeur du Service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI).

Le nuage «ne menace actuellement personne, avait-il assuré le 29 avril 1986 au journal télévisé. Sauf peut-être dans le voisinage immédiat de l'usine et encore… La santé n'est absolument pas menacée aujourd'hui.»

Chantal se souvient de ces propos. «Je ne veux pas mettre ce monsieur en prison, confie-t-elle. Je veux juste que la justice reconnaisse que l'on nous a menti.» Ce n'est pas gagné. Le 31 mars dernier, Pierre Pellerin a demandé un «non-lieu». Estimant que les faits remontent à vingt-cinq ans et pour «une bonne administration de la justice», le procureur général a requis la clôture de l'instruction.

«Je suis très pessimiste quant à l'issue de ce procès, confie donc Roland Desbordes, président de la Criirad, une commission d'information indépendante sur la radioactivité. La juge a déjà été dessaisie de cette affaire. Ça veut tout dire. La justice estime que le dossier est vide.» Pour Bernard Fau, il ne le sera jamais vraiment. «Des études sont en cours. L'opinion publique ne comprendra pas l'arrêt de l'enquête. S'il le faut, nous irons en cassation.»