Les dissimulations du labo Servier

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Jacques Servier, PDG du groupe.
Jacques Servier, PDG du groupe. — FACELLY / SIPA

Le groupe Servier connaissait-il dès le début la dangerosité du Mediator, l'antidiabétique qui a causé la mort de 500 à 2 000 personnes ? Une semaine après l'ouverture du fonds d'indemnisation pour les victimes, les responsables de Servier ont été convoqués hier par les juges pour s'expliquer sur les témoignages très compromettants révélés par Libération et Le Figaro. Le témoin clé est Jean Charpentier. Cet ancien employé de Servier a réalisé en 1973 une synthèse des études menées par les chercheurs sur le Mediator avant sa commercialisation. A l'époque, il précise que ce médicament a des effets coupe-faim et une parenté chimique avec les amphétamines. En outre, le Pr Charpentier affirme que le labo aurait sciemment dissimulé ces informations pour présenter le produit comme un antidiabétique dans le document d'autorisation de mise sur le marché. « Le mot amphétamine était à éviter », a détaillé aux juges le scientifique. En 1970, les amphétamines étaient interdites à cause de leurs effets secondaires (les risques cardiovasculaires). Dans un communiqué publié hier, l'entreprise affirme « n'avoir trompé ni les autorités de santé ni les patients », mais elle pourrait être mise en examen prochainement, selon Me Hervé Témime, un de leurs avocats, contacté par Europe 1. « Ça vient corroborer ce que l'on supposait en y apportant des preuves tangibles », témoigne Dominique Courtois, président de l'Association des victimes de l'Isoméride et du Mediator (Avim), qui déposera d'ici à la fin septembre 300 plaintes supplémentaires pour tromperie aggravée.Matthieu Goar