« J'aurais été choisi face à Dominique Strauss-Kahn »

Recueilli par Matthieu Goar et maud Pierron

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Avant le premier tour des primaires socialistes, 20 Minutes interviewe les six candidats. Cette semaine, le favori des sondages, François Hollande.

Une récente biographie* révèle

que vous envisagiez d'être président

dès le lycée. D'où vient votre ambition ?
A l'époque, c'étaient des proclamations de cour de récréation. Mais dès que je me suis engagé en politique, dès que j'ai été candidat à une élection, à 26 ans, j'ai su que je n'étais pas seulement là pour occuper un poste, mais pour y consacrer ma vie. A condition d'avoir un message, et que l'engagement permette de rencontrer des circonstances. En 2007, je n'étais pas le mieux placé. Aujourd'hui, je le suis.
N'avez-vous pas aussi bénéficié

de ce qui s'est passé dans

une chambre d'hôtel à New York…
J'étais candidat avant que cet événement ne se produise et je pensais déjà que j'aurais été choisi face à Dominique Strauss-Kahn. Une fois que je me suis lancé, rien ne m'a favorisé, rien ne m'a empêché. J'avais pris cette décision depuis de longs mois. J'avais déjà noué une relation avec les Français. Elle n'a fait que se renforcer.
Justement, seriez-vous prêt à donner un rôle à DSK dans votre campagne ?
C'est à lui de s'exprimer, de dire comment il conçoit sa place dans les mois à venir. Dominique Strauss-Kahn a des compétences qui ne sont discutées par personne. Mais aujourd'hui, je ne compose pas un gouvernement, je suis candidat aux primaires.
Comment intéresser davantage

les Français aux primaires ?
Si je me plains, ce n'est pas du climat entre candidats – qui est bon –, c'est de la timidité avec laquelle nous engageons cette campagne comme si c'était une compétition entre nous. Nous devons réussir à faire se déplacer plus d'un million d'électeurs pour choisir le candidat et lui conférer toute la légitimité nécessaire. Dans le cas contraire, ce serait une déception. Une présidentielle est une rencontre avec les Français.
Avec un projet commun, le choix

ne se fera que sur la personnalité…
Et alors ? Ce n'est pas illégitime. Les 200 000 militants socialistes ont voté le projet, mais ils ne sont pas tous pareils. On ne va pas organiser une tombola pour désigner le candidat. Et au-delà du jugement sur les personnes, les électeurs choisiront les orientations des candidats. Moi, j'ai la jeunesse comme priorité, la justice fiscale comme exigence et la démocratie comme méthode.
Comment vivez-vous le fait d'être passé en un an dans les médias

du statut d'outsider à celui de favori ?
Je connais aussi la réversibilité de cet engouement médiatique. J'ai connu toutes les périodes : celles où j'étais l'homme de l'année, celles où je n'étais plus rien. Je n'oublie pas non plus la faveur médiatique dont bénéficiait Strauss-Kahn avant le 15 mai. Je suis vacciné. Je ne me grise pas de la présence médiatique et je ne me plains pas de son absence.
« Balladur de gauche », mou,

sans caractère… Comment réagissez-vous aux critiques de la majorité ?
Ce n'est pas gentil pour Balladur (sourires). Je connais le jeu. Quand j'étais challenger de DSK et que la droite le craignait, elle me tressait des lauriers. Maintenant, ce sont des couronnes d'épines car je suis considéré comme le plus dangereux. Je n'attends d'eux ni compliments ni satisfecit de la part de la droite. La campagne sera très dure. Le candidat socialiste aura à subir les assauts et les malveillances.