Procès Chirac: «L'anosognosie est le signe qu'il y a autre chose»

SANTÉ e point sur cette maladie qui n'en est pas une avec le neurologue spécialiste de la mémoire Bernard Croisile...

Julien Ménielle
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B.BISSON / JDD / SIPA

Jacques Chirac est absent à l’ouverture de son procès, ce lundi à Paris. La raison: l’ancien président est frappé d’un mal mystérieux, l’anosognosie. 20Minutes fait le point avec le neurologue Bernard Croisile, chef du service de neuro-psychologie à l'Hôpital neurologique de Lyon.

«Pas une maladie»

«L’anosognosie n’est pas une maladie, mais un symptôme», précise d’emblée ce spécialiste de la mémoire. Un symptôme qui consiste en «un déni, une méconnaissance ou la sous-estimation d’un ou plusieurs autres symptômes», précise le neurologue. Un symptôme qui accompagne volontiers la maladie d’Alzheimer, mais peut aussi être causé par une tumeur ou être la séquelle d’un accident vasculaire cérébral (AVC).

Si l’anosognosie «accompagne souvent l’amnésie», selon Bernard Croisile, elle n’est donc pas un trouble de la mémoire en soi. Elle peut désigner le fait pour un patient paralysé d’ignorer son handicap, ou pour un malade souffrant de troubles du langage de ne pas en avoir conscience. «L’anosognosie est le signe qu’il y a autre chose», explique le neurologue, autre chose dont le patient n’est justement pas conscient.

«Un terme qui permet de ne pas trop insister sur les autres troubles»

Concernant Jacques Chirac, «on peut penser à des troubles cognitifs vasculaires», estime le spécialiste, qui ne croit pas à la maladie d’Alzheimer. En janvier, alors qu’une rumeur circulait à ce sujet sur l’ancien président, Bernadette Chirac avait d’ailleurs évoqué «des difficultés de marche et d'audition» et «parfois des troubles de mémoire» dont les médecins ignorent «s'ils sont liés à un effet à distance de son petit accident vasculaire cérébral (AVC) ou au processus normal de vieillissement».

Le symptôme avancé par le professeur Lyon-Caen, qui a réalisé le rapport médical, est donc «un terme qui permet de ne pas trop insister sur les autres troubles», note Bernard Croisile. Tout en désignant une «altération du jugement» suffisante pour justifier une absence au procès. Une brèche dans laquelle ceux qui veulent échapper à la justice pourraient être tentés de s’engouffrer. «Les simulations seraient repérées immédiatement», prévient le neurologue.