Programmes scolaires: «En France, on enseigne une histoire culpabilisante»

Olivia Vignaud

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Rentrée des classes au collège Hans Arp, en classe de 5ème. Les enfants ont l'autorisation de l'année dernière selon l'enseignante, donc pas de problèmes. Strasbourg le 02 09 2010.
Rentrée des classes au collège Hans Arp, en classe de 5ème. Les enfants ont l'autorisation de l'année dernière selon l'enseignante, donc pas de problèmes. Strasbourg le 02 09 2010. — G. VARELA / 20 MINUTES

Plus qu’un week-end de vacances pour les collégiens de toute la France, qui feront leur rentrée lundi. Après les classes de sixième l’an dernier, les élèves de cinquième découvriront cette année les nouveaux programmes concoctés par l’Education nationale à la suite de la réforme décidée par Xavier Darcos en 2008. Quels sujets passent à la trappe? Sur quoi le ministère a-t-il choisi de mettre l’accent? Dimitri Casali, spécialiste de Napoléon Ier qui a publié un ouvrage ce mois-ci sur le sujet, fait le point.

Qu’est-ce qui a disparu des programmes d’histoire ces dernières années?

Beaucoup de grands personnages ont été mis à l’écart. Louis XIV a été relégué à la fin du programme de 5ème, classe dans laquelle le nombre de sujets à traiter en histoire est colossal et où il est rare que les professeurs en arrivent au bout. Je pense également à Napoléon, dont on étudie le Code civil mais surtout pas les guerres qu’il a menées. D’autres, comme Clovis, Charles Martel, ou encore Saint-Louis, ont tout bonnement disparu. C’est ridicule parce que ce qui fait l’histoire, ce sont d’abord les hommes.

Pourquoi ces personnages plus que d’autres?

Parce qu’en France, il est de bon ton de raboter ce qui est trop grand, d’être politiquement correct. Louis XIV était trop puissant, Versailles était trop riche. Ajoutez à cela que certains lobbies, Antillais, entre autres, ont fait l’amalgame entre le code noir, l’esclavagisme et ce roi. Alors que c’est totalement anachronique, qu’il faut remettre les choses dans leur contexte. Pour ce qui est du cas de Clovis, qui a quand même donné son nom à la France, il y a deux grandes raisons. D’abord, il fait partie de l’histoire lointaine et puis il est le fondateur de la chrétienté. Dans le contexte politique et sociétal actuel, c’est très mal vu.

Par quoi les a-t-on remplacés?

La place a été faite pour introduire l’étude d’autres civilisations, comme la celle de l’Afrique ou de l’Asie. On enseigne d’autres cultures à des enfants de 10/11 ans, qui n’ont souvent jamais fait d’histoire au primaire et qui savent à peine situer la France sur une carte. Le but du gouvernement est de montrer qu’il fait un effort d’intégration. Pour moi, c’est faire fausse route. La France a toujours été un pays qui a intégré dans son histoire des populations étrangères. Cette discipline est dorénavant racontée par thématiques, ce qui crée une répulsion chez les jeunes. Hérodote écrivait que l’histoire, c’est avant tout raconter des histoires. Au lieu de raconter les combats pendant une guerre, maintenant on enseigne le rôle des femmes pendant cette même guerre, par exemple.

Quelle image de l’histoire française cherche-t-on à transmettre?

En France, on enseigne une histoire culpabilisante. On doit se repentir. Par exemple, pour ce qui est du traitement de la Seconde Guerre mondiale, les manuels sont composés de pages et de pages entières sur Vichy, Pétain et la collaboration. Evidement qu’il faut enseigner ce volet aux jeunes. Mais quand on voit que le débarquement des Alliés est traité en un seul paragraphe, alors que c’est quand même ce qui nous a libérés, je trouve ça ahurissant.

Est-ce la même chose dans les autres pays européens?

Pas du tout! En Espagne, en Allemagne et en Italie, le nombre d’heures consacrées à l’étude de l’histoire est beaucoup plus important. Ce qui est amusant, c’est que l’histoire de France fascine ces pays. Par exemple, il n’y a pas eu en France d’exposition sur Napoléon depuis 1969, alors qu’il y en a régulièrement dans les autres pays. En Allemagne, l’an dernier, il y en a eu une à Bonn qui a attiré près  de 150.000 visiteurs. Seuls les étrangers semblent pouvoir avoir un regard apaisé sur notre histoire.

Quelles conséquences cela peut-il avoir sur la jeunesse?

Les jeunes n’ont plus de racines. On a désincarné leur histoire. Le civisme, le courage, ce sont des valeurs qui sont passées de l’autre côté de la Méditerranée. Napoléon n’a jamais fait la guerre, la guerre ça tue, c’est mal. Aujourd’hui, quand un soldat meurt en Afghanistan, il arrive que des familles portent plainte alors que ces militaires s’engagent librement et qu’ils connaissaient les risques…