François Purseigle: «La campagne fait rêver»

SOCIETE Le milieu rural séduit plus que jamais. En dix ans, la population a augmenté de 9% dans les zones rurales alors que la moyenne nationale ne dépasse pas les 6%. François Purseigle, sociologue à l'ENSA de Toulouse, nous explique pourquoi...

Propos recueillis par Mathieu Bruckmüller

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Vaches laitières dans un pâturage normand.
Vaches laitières dans un pâturage normand. — GILE MICHEL/SIPA

La croissance démographique est plus forte à la campagne selon l’Inse. Pourquoi?

Aujourd’hui, la campagne n’est pas subie mais bien choisie. Elle fait rêver. Jusque dans les années 60 et 70, l’exode rural était très fort. La campagne ne créait plus d’emploi, le mode de vie était difficile.

La ville était le lieu d’épanouissement professionnel et personnel par excellence. On retournait à la campagne éventuellement pour la retraite. Pour être au calme, de plus en plus de jeunes couples s’installent à la campagne, ce qui explique ce boom de la natalité. Alors que la majorité de la population mondiale vit en ville, en France et dans les autres pays européens, on assiste au retour de l’exode.

Le bonheur est-il dans le pré?

Pas toujours. La vie à la campagne est associée à une vie idyllique. Mais parfois, le désenchantement guette. Il est difficile de vivre avec un lopin de terre et trois poules. Cette très forte natalité implique pour les jeunes couples des besoins supplémentaires. Ils sont en attente de crèches, d’écoles, d’hôpitaux, de maternité… Le dynamisme d’hier dans les campagnes était agricole et industriel, désormais il est résidentiel. L’offre de services doit être repensée en fonction de cette évolution. On assiste finalement à une extension de l’urbanité. Ces néo-ruraux restent urbains dans leur mode de vie. Ils ont grandi en ville et s’attendent aux mêmes services. Cela crée des tensions avec les ruraux de souche.

Le monde rural est donc multiple?

Oui. On distingue quatre grands espaces ruraux. D’abord, l’espace rural périurbain où le taux de croissance démographique est très élevé. Ce sont les espaces de deuxième et troisième couronne. Il s’agit de campagnes dortoirs où la population va travailler en ville. Puis, on trouve les zones rurales sous influence urbaine qui ont su développer de nouvelles activités économiques. On y vit et on y travaille. Typiquement, il s’agit par exemple de campagnes situées à 200 km de Paris. Viennent ensuite les zones rurales intermédiaires. Ce sont des petites communes en perte de vitesse avec un solde migratoire toujours positif (plus d’arrivées que de départs), mais un solde naturel négatif (plus de naissances que de décès). Dernier espace: les zones rurales plus profondes avec un solde migratoire négatif comme dans le Massif-Central et les Ardennes.

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