Affaire Bettencourt: Le point sur les allégations de la juge Prévost-Desprez

JUSTICE Une enquête menée en 2010 avait déjà montré que la magistrate échangeait régulièrement avec des journalistes du Monde...

O.V. avec Reuters

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La juge Isabelle Prévost-Desprez attendant Francois-Marie Banier au tribunal de Nanterre le 1 juillet 2010.
La juge Isabelle Prévost-Desprez attendant Francois-Marie Banier au tribunal de Nanterre le 1 juillet 2010. — CHAMUSSY/HADJ/SIPA

Quel nouvel élément vient de remettre l’affaire Bettencourt sur la place publique?

Tout est parti d’un livre qui paraît jeudi. Ecrit par deux journalistes du Monde, Sarko m’a tuer, donne la parole à la juge, Isabelle Prévost-Desprez, aujourd’hui destituée de l’affaire Bettencourt. Cette dernière affirme qu’un témoin a vu Nicolas Sarkozy se faire remettre des espèces chez la milliardaire. Les allégations de la magistrate de Nanterre (Hauts-de-Seine), publiées en avant première par Libération ce mercredi, ont entraîné bon nombre de réactions du côté des politiques.

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Pourquoi la juge n’a-t-elle pas révélé plus tôt cette information?

A l’époque où elle était en charge de l’affaire, ses relations avec le procureur de Nanterre n’étaient pas au beau fixe. En 2010, Philippe Courroye avait même demandé l’ouverture d’une enquête pour savoir si des personnes chargées de l’instruction avaient pu violer le secret professionnel. Cette dernière avait démontré que la juge s’entretenait régulièrement avec des journalistes du Monde. «Manifestement, Philippe Courroye lui était hostile et était en lien avec l'Elysée. Je comprends qu'elle ait eu du mal à s'en ouvrir auprès de lui», tente d’expliquer Mathieu Bonduelle du Syndicat de la magistrature (SM). La magistrate, elle, justifie ce laps de temps dans l’ouvrage: «L'infirmière de Liliane Bettencourt a confié à ma greffière après son audition par moi: ‘J'ai vu des remises d'espèces à Sarkozy’, mais je ne pouvais pas le dire sur procès-verbal».

Ces déclarations peuvent-elle changer le cours de l’enquête?

A priori, non. Les trois juges d'instruction de Bordeaux, Jean-Michel Gentil, Cécile Ramonatxo et Valérie Noël, désignés pour reprendre l'enquête fin 2010, ont la possibilité d'entendre comme témoin leur collègue, a expliqué un magistrat à Reuters. «Même si elle a été saisie de l'affaire dans le passé, rien ne s'y oppose. C'est comme lorsqu'un magistrat ayant enquêté sur une affaire est entendu au procès du dossier», précise-t-il. La greffière et l'infirmière peuvent aussi être entendues.

Il est en revanche peu probable que le dossier progresse sur le fond. Ces allégations de remises d'espèces à des personnalités politiques par les Bettencourt étaient déjà connues, mais n'ont débouché sur rien de précis à ce jour.

Nicolas Sarkozy risque-t-il d’être inquiété?

Pour l’instant, non. En qualité de chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy ne peut ni être mis en examen, ni auditionné comme témoin dans une procédure pénale, selon la Constitution. Le nom du président de la République, maire de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) dans les années 1990, était déjà apparu dans le dossier comme un invité ponctuel du couple et un hypothétique bénéficiaire de remises d'espèces. Interrogé à de multiples reprises au plus fort de l'affaire pendant l'été 2010, l'ex-comptable des Bettencourt, Claire Thibout, a raconté sur procès-verbal avoir assisté à ce qu'elle pense être des remises d'argent avant la présidentielle de 2007.

Elle s'est par la suite montrée plus floue sur la question des bénéficiaires, laissant d'abord entendre que Nicolas Sarkozy pouvait être l'un d'entre eux puis l'excluant catégoriquement et démentant des propos à ce sujet rapportés par la presse.

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