La Miviludes s'inquiète des dérives du néo-chamanisme

SECTE Certaines plantes utilisées par des pseudo-thérapeutes pourraient être classées comme stupéfiants...

Alexandre Sulzer

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Les sociétés traditionnelles chamaniques ont souvent recours aux stupéfiants dans leurs rites religieux. "Mais ce recours est soumis à des règles très strictes (...). Ainsi le feu peut être une mauvaise chose s'il est utilisé pour la guerre, et une très bonne chose s'il sert à la cuisine".
Les sociétés traditionnelles chamaniques ont souvent recours aux stupéfiants dans leurs rites religieux. "Mais ce recours est soumis à des règles très strictes (...). Ainsi le feu peut être une mauvaise chose s'il est utilisé pour la guerre, et une très bonne chose s'il sert à la cuisine". — Rodrigo Buendia AFP/Archives

La mort d’une touriste française au Pérou après avoir consommé de l’ayahuasca, une plante aux propriétés hallucinogènes, ne surprend pas la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Cette administration avait déjà évoqué cette plante, assimilée à un stupéfiant, dans son rapport 2009. Son secrétaire général, Hervé Machi, a confié à 20minutes.fr ses craintes persistantes.

En effet, selon lui, «ce fait divers révèle une situation assez courante» liée au développement du «néo-tourisme narcotique en direction d’Amérique Latine». La participation à des stages de néo-chamanisme, au cours desquels l’ayahuasca est consommée, provoque des risques sanitaires mais aussi des «dérives sectaires importantes», caractérisées par «l’emprise mentale, la rupture familiale ou la sujétion financière».

Des centaines de pseudo-thérapeutes assurent la promotion de stages chamaniques…

Aucune secte à proprement parler ne fait la publicité pour l’ayahuasca mais la promotion est assurée lors de nombreuses conférences sur le mieux-être «dans la mouvance new age», précise Hervé Machi qui dit être saisi de plusieurs dizaines de cas par an. «Plusieurs centaines de néo-chamans et de pseudo-thérapeutes» prospéreraient sur ce marché. En mars 2011, un ostéopathe de Lens a été condamné à 3 mois de prison avec sursis pour inciter ses «patients» à consommer de l’ayahuasca. «Ces conférences prennent comme thèmes l’épanouissement personnel et la purification du corps», met en garde le secrétaire général de la Miviludes.

En 2010, un groupe de travail a été mis en place avec l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) et la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) sur ce sujet. «Les travaux sont encore en cours», indique Hervé Machi qui ajoute que d’autres produits pourraient être prochainement classés comme stupéfiants, et donc interdits, comme le datura ou la sauge des devins. «Nous ne jetons pas l’anathème sur le chamanisme mais sur les dérives du néo-chamanisme», insiste Hervé Machi.