Procès DSK: «Il est peu probable que Cyrus Vance attende jusqu'au 18 juillet»

JUSTICE Une décision pourrait être prise par le procureur de New York dans la semaine...

Catherine Fournier

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Cyrus vance, district attorney (procureur) de New York, s'apprête à parler à la presse, le 1er juillet 2011 à New York, juste après l'audition levant les conditions de la libération sous caution de Dominique Strauss-Kahn.
Cyrus vance, district attorney (procureur) de New York, s'apprête à parler à la presse, le 1er juillet 2011 à New York, juste après l'audition levant les conditions de la libération sous caution de Dominique Strauss-Kahn. — AFP PHOTO/DON EMMERT

«Notre enquête a mis à jour des questions sur la crédibilité de la plaignante. (...) L'équipe du procureur va continuer ses investigations sur les crimes supposés et nous le ferons jusqu'à la découverte de tous les faits pertinents .»  Fait rare, Cyrus Vance a tenu à s’exprimer devant les medias, vendredi, à l’issue de l’audience pendant laquelle Dominique Strauss-Kahn a été libéré sur parole. Une façon de dire, pour le procureur du district de Manhattan, que l’affaire n’est pas terminée et que l’enquête va se poursuivre.

Pour autant, le temps est compté pour l’accusation. «Le procureur est dans une situation difficile pour sa propre crédibilité et son image, observe Pierre Hourcade, avocat au barreau de New York, de Californie et de Paris. Il va falloir qu’il agisse vite. Il est peu probable qu’il attende le 18 juillet.»

Deux options

Une nouvelle audience entre les différentes parties a été maintenue à cette date. Elle avait initialement été fixée pour déterminer le calendrier du procès. Mais les révélations concernant la plaignante, Nafissatou Diallo, compromettent sérieusement cette perspective. Selon Pierre Hourcade, deux options s’offrent au procureur: continuer, quitte à requalifier les charges contre DSK, ou abandonner toutes les poursuites et prononcer un non-lieu.

Car cette affaire, onéreuse pour les contribuables new-yorkais, pourrait bien coûter sa réélection à Cyrus Vance en 2013. Aux Etats-Unis, les procureurs sont en effet élus (Vance Jr. avait été porté par 91% des votants en 2009). Déjà fragilisé par un précédent échec (deux policiers accusés de viol),  il doit donc rapidement prendre une décision et devancer les médias, qui publient chaque jour leur lot de révélations sur les «mensonges» et la «double vie» de l’accusatrice.

«Rebâtir la crédibilité du témoin»

«Le pronostic n’est pas évident», estime Pierre Hourcade. Nafissatou Diallo a beau avoir menti sur plusieurs points (au fisc américain, devant le grand jury, sur les circonstances du viol présumé, et à l’immigration américaine à son arrivée de Guinée), elle maintient ses accusations à l’encontre de l’ex-patron du FMI.

«Cyrus Vance peut tenter de rebâtir la crédibilité de son principal témoin et dire en substance “certes, ce n’est pas une sainte mais il n’en reste pas moins qu’elle ait pu être victime”», reprend l’avocat. «Les chefs de séquestration et d’agression sexuelle pourraient être maintenus. Mais il faudrait alors prendre le risque d’aller au procès et d’exposer la plaignante à l’interrogatoire de la défense. Ce qui pourrait s’avérer un désastre», poursuit-il. Le procureur est-il  prêt à courir ce risque? Rien n’est moins sûr.