Une victime innocente devenue menteuse âpre au gain

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Une femme aux deux visages. Jusqu'à vendredi, Nafissatou Diallo était la victime innocente de Dominique Strauss-Kahn, une femme très pieuse et sans histoires. Mais ce jour-là, le témoin de l'accusation a montré une autre facette, celled'une femme vénale, prête à mentir pour arriver à ses fins.
C'est une conversation téléphonique entre la femme de chambre et son petit ami, un trafiquant de drogue emprisonné, qui met la puce à l'oreille du procureur de New York : « Je vais bien, ne t'inquiète pas. Il a beaucoup d'argent, je sais ce que je fais. » Les services du procureur découvrent alors une menteuse compulsive : elle a menti au fisc américain depuis deux ans, devant le grand jury sur les circonstances du viol présumé, et surtout à l'immigration américaine à son arrivée de Guinée, lorsqu'elle affirmé avoir été violée par un groupe de soldats, pour obtenir une « green card » (carte de résident permanent aux Etas-Unis). Elle a avoué avoir mémorisé les détails de son histoire grâce à une cassette vidéo. Une pratique qui serait courante parmi les demandeurs d'asile, mais qui peut lui valoir des poursuites.
La victime « crédible » du procureur n'est plus, tout comme la femme que pensait connaître sa communauté. A la mosquée, dans son quartier du Bronx, et même dans son immeuble, personne n'avoue plus la connaître. « Peut-être qu'ils ne souhaitent pas être mêlés à cette histoire », avance un épicier. Mais aussi parce qu'elle est toujours une femme sans visage. « Je ne connais pas ce nom, explique une femme qui tient un magasin et qui veut rester anonyme. Mais, je dois sûrement la connaître, cela fait quatorze ans que je suis là.  », explique-t-elle. Pour elle, Nafissatou Diallo a jeté l'opprobre « sur toutes les femmes africaines et sur tous les musulmans. Ce n'est pas bien ce qu'elle a fait. Elle a ruiné sa vie pour de l'argent. Je prie pour lui, mais aussi pour elle, pour qu'elle s'en sorte. »à New York, Bérénice Dubuc