Désaccord sur le risque d'inondation à la centrale de Fessenheim

Reuters

— 

Le Conseil général du Haut-Rhin a estimé mercredi que le risque d'une inondation de la centrale nucléaire de Fessenheim devait être envisagé, alors qu'EDF juge l'événement trop improbable pour en tenir compte.

L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) doit rendre dans les prochains jours son avis, dont elle a déjà dit qu'il serait sans doute positif, quant au maintien en activité pour dix années de plus du réacteur numéro 1 de la centrale de Fessenheim.

«Risque n'est pas de zéro»

Une étude du service Environnement du département estime que les «diguettes» qui entourent la plus ancienne centrale de France, mise en service en 1977, pourraient être submergées en cas de rupture de la digue du Rhin et que le niveau de l'eau pourrait atteindre un mètre à l'intérieur du site.

«La probabilité est très faible», a reconnu Georges Walter, le directeur du service environnement du département, en présentant à Colmar son étude hydraulique devant la Commission locale d'information et de surveillance de la centrale nucléaire (Clis) qui l'avait commandée.

«Mais l'Etat français a considéré que, tant que le risque n'était pas de zéro, il fallait tenir compte de la vulnérabilité de ce qui est derrière», a-t-il ajouté en se référant aux normes imposées aux collectivités pour les ouvrages hydrauliques.

EDF n'a pas nié que le centre de production nucléaire de Fessenheim puisse être affecté par une rupture de la digue du canal d'Alsace, qui maintient le Rhin à huit mètres plus haut, mais a soutenu que l'événement était hautement improbable.

François Laigle, l'un de ses expert géotechniciens, a retenu l'hypothèse d'un séisme majeur pour conclure que la digue ne souffrirait d'aucun dommage important.

Les Allemands inquiets

Les fuites susceptibles d'apparaître entre les plaques de béton armé qui assurent son étanchéité ne dépasseraient pas, selon lui, sept mètres cubes par seconde.

La centrale a été conçue pour rester au sec face à un flux de 20 m3/s alors que le département, qui retient l'hypothèse d'une brèche par érosion interne, envisage 500 m3/s au plus fort de la crue.

L'étude avait été commandée par la Clis après l'accident de Fukushima au Japon, où un tsunami avait submergé la centrale nucléaire, mettant hors service ses systèmes de refroidissement.

Soupçon sur l'étanchéité

La prise en compte d'un risque d'inondation majeure supposerait de rehausser les diguettes qui entourent la centrale et de détruire une ancienne digue du Rhin qui constitue un frein à l'étalement d'une vague d'eau dans la plaine alsacienne.

«On est ici pour imaginer l'improbable», a estimé Michel Habig, président de la Clis et vice-président UMP du Conseil général, en réponse au refus d'EDF d'envisager un tel scénario.

Il a reçu l'appui de son voisin allemand, le Regierung Praesident - un équivalent du préfet - de la région de Fribourg

«Je voudrais souscrire à vos conclusions. Il faut éviter ce cas de figure même si la probabilité est faible. Le débat tel qu'il a été mené ne me satisfait pas», a dit Julian Würtenberg.